Y-a-t-il une sortie à la crise ?
Y-a-t-il une sortie à la crise ? Trois scénarios sont possibles
LE MONDE |
1) Un scénario noir se met-il en place ?
Actuellement, les banques n'ont plus confiance et refusent de se prêter de l'argent entre elles. Les fonds d'investissement qui empruntaient pour investir, commencent à disparaître, faute de liquidités. L'économie réelle est menacée.
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Si la panique des marchés gagnait l'économie réelle, si chaque acteur économique tentait de rendre liquide son avoir pour le remiser dans un coffre, un effondrement général de l'économie mondiale n'est plus à exclure.
2) Un scénario de crise courte reste-t-il encore envisageable ?
Le retour de la confiance.
Imaginons que les banques centrales et les gouvernements garantissent tous les crédits interbancaires, recapitalisent toutes les banques et assureurs en faillite, et réussissent ainsi à enrayer la panique. La confiance pourrait alors revenir progressivement, mais elle n'empêchera pas la récession de s'installer, notamment aux Etats-Unis et en Europe. Certains économistes pensent cependant que ce ralentissement économique pourrait être court : dix-huit à vingt-quatre mois.
La résistance des économies émergentes.
Pour Christian de Boissieu, président du Conseil d'analyse économique, la croissance mondiale résiste dans les pays émergents. La Chine, l'Amérique latine, ou encore l'Inde pourront encaisser le choc d'une prochaine récession américaine. " Le monde ne manque pas de liquidités", ajoute M. de Boissieu.
De nouveaux investisseurs.
Pour Jean-Marc Daniel, économiste et directeur de la revue Sociétal, de grands détenteurs de capitaux vont prendre des positions clés dans la banque et l'assurance. M. Daniel fait principalement référence aux fonds souverains, qui gèrent entre 2 200 milliards et 3 000 milliards de dollars d'actifs selon le FMI, aux banques japonaises, qui se sont restructurées, ou encore aux compagnies d'assurance qui ont géré sagement leur épargne. Des groupes industriels riches en trésorerie, comme Toyota ou Microsoft, pourraient s'intéresser également à des entreprises dont les cours ont été rendus attractifs par la panique boursière.
3) Un scénario de récession longue est-il inévitable ?
L'économiste américain Nouriel Roubini affirmait, vendredi 10 octobre, que "le risque de crise systémique rend probable une récession de longue durée supérieure à dix ans, comme celle que le Japon a connu après l'éclatement de sa bulle immobilière".
Baisse de la consommation aux Etats-Unis.
Au troisième trimestre, la consommation des ménages américains (70 % du PIB) a cessé de croître.
Cette réduction du train de vie outre-Atlantique a des répercussions mondiales. Les 9 500 milliards de dollars de biens et de services consommés annuellement par les 350 millions d'Américains tiraient la croissance mondiale. S'ils réduisent leur consommation, aucun autre relais de croissance n'existe plus. Même la Chine et l'Inde avec leurs 2,3 milliards d'habitants à eux deux ne représentent qu'un sixième de la consommation américaine (1 600 milliards de dollars). L'Europe de son côté, a déjà prouvé qu'elle n'avait pas les capacités d'une locomotive mondiale.
L'amortisseur chinois, sous conditions.
Agnès Benassy-Quéré, directrice du Centre d'études prospectives et d'informations internationales, estime que la Chine peut devenir un relais de croissance mondial. A condition qu'elle réinvestisse sur son sol une épargne qui représente aujourd'hui la moitié de son PIB, soit 1 900 milliards de dollars.
Mais pour libérer cette épargne, il faut "déréglementer les banques chinoises pour qu'elles prêtent au secteur privé et que les entreprises placent leur trésorerie au lieu de la garder pour elles", des thèses qui, reconnaît-elle, "ne sont pas audibles dans le contexte actuel". Si, en sus, Pékin jetait les bases d'une Sécurité sociale authentique, nombre d'industriels occidentaux y trouveraient un débouché.
Le poids du déficit américain.
La dette publique américaine, qui atteignait déjà 10 000 milliards de dollars, a du mal à se financer. Les épargnes chinoise, arabe et japonaise hésitent désormais à venir s'engouffrer dans le financement du train de vie des Etats-Unis, via l'achat de bons du Trésor. Le problème est d'autant plus grave que la dette s'est alourdie avec le plan Paulson (700 milliards), le soutien aux piliers du crédit hypothécaire Fannie Mae et Freddie Mac (200 milliards), sans oublier 115 milliards pour l'assureur AIG.
Une hausse des impôts sur les ménages américains est donc inéluctable. Appelés par leurs banques à réduire leur endettement et poussés par l'Etat fédéral à mieux financer le déficit budgétaire, les ménages américains réduisent plus encore leur consommation.
Yves Mamou
