Cours 7-1-4 : La crise du lien social ( ? )

7-1-4 : La crise du lien social ( ? )

 

En 1995, le candidat aux élections présidentielles, Jacques CHIRAC, construit sa campagne autour de l'idée de « fracture sociale ». Il s'appuyait sur un constat établi à partir de plusieurs tendances révélant que les relations entre les citoyens et leur sentiment d'appartenir à une même communauté semblaient en retrait.

En effet, depuis 1974, on assiste à une transformation de grande ampleur des modes de régulation économiques, sociaux et politiques qui font une plus large place à l'individualisme et aux libertés individuelles. Parallèlement la crise économique entretient un chômage de masse et développe les phénomènes de la pauvreté et de l'exclusion. Ces évolutions contribuent à un « malaise social » qui aggrave le ressentiment face aux incivilités, la déviance et la délinquance (« insécurité »).

Ce contexte morose se déroule dans un cadre de remise en cause des institutions politiques qui entretint l'abstentionnisme politique et le vote extrême.

 

Dans cette question du cours, nous nous interrogerons sur la portée de cette « crise du lien social », illustrée par la montée de l'individualisme, de la pauvreté et de l'exclusion.

 

                                               A) Le développement  de l'individualisme ( ?)

 

Les sociétés démocratiques modernes mettent en avant l'individu : elles prônent la défense des libertés individuelles. Dans le contexte des économies de marché, la performance économique individuelle tend à déterminer les positions sociales.

Alexis de TOCQUEVILLE* a analysé les effets pervers éventuels de l'individualisme. Dans le contexte démocratique, chaque individu est occupé à améliorer sa situation personnelle. Ce recentrement sur l'individuel peut amener les citoyens à se détourner de la situation économique globale. Ainsi peut émerger un « despotisme démocratique » : un tyran s'empare du pouvoir, destituant les citoyens de la décision politique, tout en préservant les positions individuelles.

On parle d'individualisme particulariste* pour désigner ce repli des citoyens sur leurs seuls intérêts particuliers. Ce type d'individualisme s'oppose à l'individualisme universaliste*, qui concilie intérêts particuliers et généraux.

 

 

                                                           B) La question de la pauvreté

 

                        

                       a) Une tentative de définition

 

Le mot de pauvreté * est difficile à cerner car c'est une notion qualitative empreinte de jugements subjectifs donc relatifs. D'une manière générale, « est considérée comme « pauvre », une personne qui ne dispose pas de revenus suffisants pour satisfaire les besoins considérés comme nécessaires dans sa société d'appartenance ». La définition de la pauvreté doit donc être contextualisée, resituée relativement au niveau économique et social de la société étudiée.

 

                        Si on aborde qualitativement la pauvreté, on parlera de « pauvreté subjective », c'est-à-dire la perception qu'a un ménage de son aisance relativement au reste de la société.

 

                        Quantitativement, on peut tenter de calculer un seuil de pauvreté, c'est-à-dire un revenu en deçà duquel une personne est considérée comme « pauvre ».

 

                        Le plus souvent, on utilise une fraction du revenu médian : 50 % pour la France (INSEE), 60 % pour l'Union européenne (Eurostat). Ainsi, en France, en 2005, pour une personne seule, le seuil de pauvreté relatif est de 681 euros (seuil à 50 %) ou de 817 euros (seuil à 60 %). Pour un couple avec deux enfants de plus de 14 ans, le seuil est de 1 703 euros (seuil 50 %) ou de 2 043 euros (seuil 60 %). Ces seuils correspondent à 3,73 millions de personnes (6,4 % de la population) vivaient en dessous du seuil de pauvreté relatif de 50 % en 2005, et 7,13 millions de personnes (12,3 % de la population) vivaient sous le seuil de pauvreté de 60 % (source INSEE).

 

 

 

                        Remarque :

 

                        Ce mode de calcul ne correspond pas vraiment à la situation des PED. Les statisticiens cherchent d'autres méthodes. Une de ces méthodes est fournie par la Banque mondiale avec comme critère un seuil normatif de un dollar (de 1990) par personne et par jour ; un seuil de deux dollars est également couramment employé. Cette méthode s'applique essentiellement dans le cadre des comparaisons internationales entre pays.

 

                        Une autre approche de la pauvreté absolue est fondée sur la méthode du coût des besoins essentiels. Cette méthode consiste à estimer le niveau de revenu nécessaire à un individu pour satisfaire un besoin calorique normatif donné (2 450, 2 400, 2 200, 2 100 kcal ou tout autre niveau). Cette approche suppose la détermination de deux composantes du seuil de pauvreté : une composante monétaire et une composante non monétaire. Le seuil de pauvreté est la somme des deux seuils précédemment estimés. Les personnes qui sont sous ce seuil sont considérées comme pauvre.

 

                        (Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Seuil_de_pauvret%C3%A9)

 

 

 

                        b) Qui sont les pauvres ?

 

 

            Le chômage est la source principale de la pauvreté : il touche surtout les jeunes peu qualifiés, les jeunes, les travailleurs étrangers, et les femmes.(Moins de la moitié des chômeurs ne sont pas indemnisés par l'Assurance-chômage).

 

                        Cependant, depuis les années 90, on voit apparaître un nouveau type de pauvre : « le travailleur pauvre ». En effet, le développement de la précarité de l'emploi favorise l'apparition de situations d'emplois dont les rémunérations ne permettent pas d'accéder à une situation sociale stable, notamment au niveau du logement.

 

                        Selon l'étude de l'Insee de 2004 : trois sans-abri sur dix ont un emploi, en général précaire (contrat à durée déterminée, intérim) ; ce sont le coût du logement (en progression importante depuis 1995) et l'insuffisance des logements sociaux à prix très modérés qui les maintiennent à la rue.

 

 

 

                        Selon les définitions choisies, le nombre de travailleurs pauvres en 2006 en France est estimé entre 851 000 personnes et 2 210 000 personnes. Martin Hirsch parle de « environ 2 millions ». En 2004, il y a en France 1,3 millions de travailleurs pauvres selon l'Observatoire des inégalités.

 

                        En 1996, selon l'INSEE, le nombre de travailleurs pauvres était de 1,3 millions de personnes, pour une population alors plus faible (le nombre relatif de travailleurs pauvres a donc diminué entre 1996 et 2004) Voir : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ES335A.pdf

 

 

                        Est considéré comme un travailleur pauvre une personne ayant travaillé au moins 7 mois dans l'année, et dont les revenus sont inférieurs au seuil de pauvreté (le seuil à 50 % étant majoritairement utilisé en France). Sur ces 1,3 millions de travailleurs pauvres, 39 % ont été au chômage une partie de l'année. Les 61 % restant ont travaillé toute l'année, comme indépendants (20 % de tous les travailleurs pauvres), comme travailleurs à temps plein (12 %) ou comme travailleurs à temps partiel (35 %).  (http://fr.wikipedia.org/wiki/Travailleur_pauvre). A l'intérieur de cette catégorie, il faut encore distinguer le cas des hommes et celui des femmes, relativement plus touchées par l'emploi précaire (ex : En 2005, selon l'INSEE, 80 % des travailleurs à temps partiel sont des femmes : http://www.inegalites.fr/article.php3?id_article=324 ).

 

 

                        Autre population particulièrement concernée par le phénomène de pauvreté, celle des familles monoparentales.

 

                        Source : http://www.inegalites.fr/spip.php?article366

 

 

            En revanche, la population pauvre par excellence dans l'histoire moderne, les personnes âgées, a connu une vraie progression des revenus et des conditions de vie grâce au développement de la Sécurité sociale depuis 1946 et la mise en place du minimum vieillesse. Selon l'Observatoire national de la pauvreté et de l'exclusion sociale, les personnes pauvres étaient auparavant surtout les retraités. La tendance s'est inversée dans les années 1980 avec l'augmentation du chômage des jeunes ; alors que le taux de pauvreté des personnes âgées a diminué de 85 %, celui des actifs a progressé de 38 % en trente ans. Les différentes prestations sociales ont un impact important dans les ménages à revenu modeste et en 2002, elles peuvent dans certains cas représenter plus de 50 % des revenus.

 

                         (http://fr.wikipedia.org/wiki/Pauvret%C3%A9_en_France )

 

                        Source : http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ip761.pdf

 

                         http://www.sante.gouv.fr/drees/etude-resultat/er-pdf/er082.pdf

 

 

                        c) La pauvreté peut être un processus

 

 

            Plus qu'un état, être pauvre résulte, en général, d'une accumulation de handicaps économiques et sociaux, ce qui rend la pauvreté multidimensionnelle (cf. l'effet cumulatif des inégalités économiques et sociales). Ainsi, il n'est pas rare que la pauvreté se « reproduise » dans le cadre familial entre parents et enfants.

 

                        De plus la pauvreté peut être psychologiquement ressentie comme une épreuve placée sous l'angle de la « disqualification sociale » : cette analyse de Serge Paugam dans « La Disqualification sociale : essai sur la nouvelle pauvreté » (2000) insiste sur le discrédit de ceux dont on peut dire qu'ils ne participent pas pleinement à la vie sociale. S.Paugam s'intéresse à ceux reconnus comme pauvres par la société et non à l'ensemble des populations défavorisées. Il va privilégier l'analyse de la relation entre les assistés et les travailleurs sociaux. Cette relation revêt différents aspects : le recours à l'assistance est une épreuve humiliante et dégradante. Le statut d'assisté est donc dévalorisé ; l'identité sociale de l'assisté est malmenée. (cf. : http://www.cndp.fr/TR_exclusion/bf_paug.html  )

 

 

                        Synthèse :

                        Analysez le phénomène de la pauvreté

                        (analyse totale)

                        Constat (définition, combien, qui sont les pauvres ?)

                        Causes (chômage, précarité, affaiblissement de la famille)

                       Conséquences (creusement des inégalités, disqualification sociale, persistance durable et reproduction de la pauvreté, revendications politiques [conflits, extrémismes, déviances] ?)

 

                       

 

                                                           C) L'exclusion, un phénomène complexe

                      

 

                        A) Définition

 

                        « Etre  exclu » correspond à la situation d'un individu qui se retrouve, consciemment ou non, en dehors de la vie économique, sociale (voire politique) telle qu'elle se déploie pour la plupart des membres de la société. L'exclusion constitue donc une rupture du lien social.

 

                        Ce terme a commencé de trouver un usage social courant dans les années 1980 dans les sociétés post-industrielles. En effet, pendant les 30 glorieuses, des familles originellement pauvres et aux frontières de l'exclusion ont pu bénéficier des progrès économiques et sociaux qu'a suscités la croissance. Depuis les années 80, ce processus de « moyennisation » (H. Mendras) qui a permis un « rattrapage  par le bas » semble en retrait du fait du développement de la pauvreté et de ses effets cumulatifs inter et intragénérationnels (reproduction des situations de pauvreté, démotion professionnelle dans la carrière, …).

 

                        L'accumulation des formes de la pauvreté peut aboutir à un processus de « désaffiliation » (R. Castel) qui désigne le " mode particulier de dissociation du lien social ", la " rupture du lien sociétal " qu'ont en commun les exclus, les pauvres. " Au bout du processus, la précarité économique est devenue dénuement, la fragilité relationnelle isolement. En schématisant : être dans la zone d'intégration signifie que l'on dispose des garanties d'un travail permanent et que l'on peut mobiliser des supports relationnels solides ; la zone de vulnérabilité associe précarité du travail et fragilité relationnelle ; la zone de désaffiliation conjugue absence de travail et isolement social.

 

                        Cette accumulation des fragilisations sociales (économique puis sociale) fait que l'exclusion est plus un processus (un phénomène qui évolue dans l'accumulation des effets) qu'un état (une réalité durable mais non évolutive).

 

                        Cela signifie aussi que si la pauvreté et l'exclusion sont très souvent liées, ces 2 notions ne se recoupent pas forcément. On peut être pauvre sans être exclu ; tous les exclus ne sont pas voués à la pauvreté.

 

                        B) Les champs de l'exclusion

 

                        Le premier champ de l'exclusion concerne la participation active au marché du travail. Les nouvelles formes de la précarité de l'emploi (qui considère le travailleur comme une variable d'ajustement) et le chômage de masse contribuent au développement d'un sentiment de l'exclusion car ceux qui subissent ces « exclusions » du marché du travail « typique » peuvent se sentir inutiles. Compte tenu du rôle central du travail dans nos sociétés, un manque de travail ou un travail « partiel » affaiblit la reconnaissance sociale de l'individu ainsi « marqué » et remet en cause les composantes associées au statut social de l'emploi typique. Certains chômeurs développent ainsi un sentiment de culpabilité. On constate que la précarisation de l'emploi aboutit à une précarisation sociale qui ne se limite pas à la baisse des revenus. Percevoir le RMI est ressenti par certains « bénéficiaires » comme une stigmatisation sociale. Ce mélange de fragilité économique, sociale et psychologique fait de l'exclusion un phénomène particulièrement complexe à saisir.

 

                        Cependant, l'exclusion sociale concerne d'autres champs comme la famille : l'exclusion peut aboutir à des ruptures familiales ; ruptures qui sont à leur tour source d'exclusion et d'isolement social.

 

                        Le logement est un autre symptôme apparent de l'exclusion tant l'imaginaire social associe souvent exclusion et SDF. La « ségrégation spatiale » est un corollaire à cette crise sociale du logement.

 

                        D'autres signes sont moins perceptibles comme l'exclusion à la culture, l'échec scolaire (http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89chec_scolaire ) et l'exclusion à la participation politique, symbolique d'une « crise de la démocratie ».

 

                        Certains de ces éléments sont extraits de :                       

                        http://webetab.acbordeaux.fr/Etablissement/SudMedoc/ses/1998/exclusio.htm

                        http://fr.wikipedia.org/wiki/Exclusion_sociale



Article ajouté le 2008-03-03 , consulté 15 fois

Liens

Voir les articles de la catégorie " Ch7-Intégration et solidarité "

Imprimer cet article

Retour aux articles