Cours 6-1 : Les conflits du travail dans la société française contemporaine
CHAPITRE 6 : CONFLITS ET MOBILISATIONS SOCIALES
Dans ce chapitre, nous chercherons à mettre en évidence les formes du conflit social dans la société française contemporaine. Nous verrons quel type de revendications le structure. Nous montrerons que les conflits contribuent aux transformations sociales.
Nous nous appuierons sur l'œuvre de Karl MARX* qui a placé le conflit au cœur de sa réflexion : selon lui, les révolutions permettent le changement social.
Quelques précisions de vocabulaire
-Un conflit* est un affrontement plus ou moins déclarés autour de positions
antagonistes.
-Un conflit d'intérêt oppose des positions qui convoitent un bien, un pouvoir, une ressource,… En général, les conflits d'intérêt sont interindividuels (ex : un divorce, relation professionnelle,…).
-Un conflit devient social quand il oppose des groupes sociaux plus ou moins homogènes, porteurs de revendications collectives (ex : la grève).
-Le conflit peut être révolutionnaire quand, dans son organisation et son expression, il prétend transformer la société.
Dans un premier temps, nous étudierons la forme et les enjeux des conflits du travail dans la société française (6-1). Ensuite, nous chercherons à dépasser ces conflits du travail en faisant apparaître l'émergence d'autres conflits sociaux, hors de la sphère du travail (6-2).
6-1 : LES CONFLITS DU TRAVAIL DANS LA SOCIETE FRANCAISE CONTEMPORAINE
6-1-1 : Le conflit du travail est révolutionnaire pour K. Marx
L'analyse du capitalisme chez MARX s'inscrit dans une philosophie de l'histoire qui fait du conflit, le moteur du changement social (« Le manifeste du parti communiste », Marx et Engels, 1848)
A) Le matérialisme historique
Pour Marx, l'histoire est une succession de sociétés dans lesquelles s'exprime un rapport de force fondamentale : un groupe social dominant exploite* un ou des groupes sociaux dominés.
A chacun de ces stades historiques, l'exploitation aboutit à une prise de conscience* des dominés qui vont s'organiser en classe* pour renverser le rapport de force (révolution*) et instaurer un nouvel ordre social (qui instaure un nouveau type d'exploitation, …).
Cette vision évolutionniste va amener Marx à une critique radicale du capitalisme : comme toutes les sociétés dans l'histoire, l'économie de marché repose sur une exploitation fondamentale, celle du travail par le capital. Cette situation aboutit à la constitution de deux groupes antagonistes.
B) La lutte des classes*dans la société capitaliste
La notion de classe sociale a un sens très particulier chez Marx : elle dépasse la simple conception d'un groupe social plus ou moins homogène
a) La notion de classe sociale*
Les individus occupent une place dans l'organisation économique capitaliste : ils vendent leur force de travail (travailleurs) ou disposent d'une accumulation de capital (capitalistes). Suivant ce rôle économique, ils sont exploités ou exploiteurs : le système capitaliste est une organisation économique qui repose sur l'exploitation du travail par le capital. Ces fonctions économiques déterminent les positions sociales (« rapports sociaux de production*») entre dominés et dominants.
Ces éléments ne suffisent pas pour définir une classe sociale : pour que les dominés ou les dominants se constituent en classe sociale, il faut que les individus prennent conscience (« prise de conscience*») de leur situation et décident de s'organiser (mobilisation) pour défendre cette position (conservateurs) ou pour la contester (révolutionnaires).
Classe sociale = un rôle dans la production (travailleur ou capitaliste) [rapports sociaux de production] + prise de conscience + mobilisation (conservatrice ou révolutionnaire)
b) Bourgeois contre prolétaires
=> 2 p213 Q°4, 5, 6
Economiquement, le capital exploite le travail : la valeur des marchandises produites grâce au travail est supérieure à la rémunération qu'obtient le travail (le salaire). Cette différence est accaparée par le capitaliste : c'est la plus-value*. Au stade politique, cette situation économique se transforme en domination de classe :
-la bourgeoisie regroupe les capitalistes qui ont pris conscience de l'exploitation capitaliste et qui se regroupent pour conserver les structures sociales et politiques (superstructure) qui maintiennent cette exploitation (droit de la propriété privée, droit de propriété de la production, propriété des moyens de production, interdiction des syndicats et de la grève, libéralisation du marché du travail, …).
- le prolétariat regroupe les travailleurs qui ont pris conscience de leur exploitation et qui s'organisent pour changer les conditions de la société, favorables à la bourgeoisie.
Conformément à sa philosophie de l'histoire, MARX annonce la fin du capitalisme : à mesure que le capitalisme se développe, la concurrence s'étend au détriment de la réalisation de la plus-value. Pour préserver leurs profits, les capitalistes sont amenés à baisser les salaires, ce qui produit deux conséquences : la consommation s'affaiblit, au détriment des profits ; les travailleurs sont plus nombreux à prendre conscience de leur exploitation.
Développent du capitalisme
=> accentuation de la concurrence => baisse de la plus-value => baisse des salaires => surproduction => baisse des prix => baisse de la plus-value => etc …
=> paupérisation des travailleurs=> prise de conscience => accentuation de
la lutte des classes
Cette situation est antithétique : la baisse tendancielle de la plus-value et le renforcement des antagonismes de classe doit aboutir à la destruction du capitalisme (autodestruction) suite à la révolution prolétarienne.
[A la suite de cette révolution, la société socialiste peut préparer la société communiste (fin de l'exploitation => fin de l'histoire).]
C) Portée des conflits « révolutionnaires » dans la société française
L'œuvre de MARX a inspiré les grands courants réformistes, qui par l'intermédiaire de l'action syndicale (CGT) et politique (PCF, PS) ont contribué à reconnaître aux travailleurs des droits sociaux fondamentaux : droits du travail, droit à la retraite, protection sociale, droits syndicaux,…
La reconnaissance de ces droits se fait entre deux grands moments historiques : la IIIème République (1871-1940) et les 30 glorieuses (cf. institutionnalisation de l'état providence dans le préambule de la Constitution de 1946, IVème République).
Dans ce contexte, les notions de « mouvement ouvrier » et de « classe ouvrière » s'imposent dans la mythologie contemporaine. La figure de l'ouvrier trouve sa place dans le débat politique : valorisation du travail manuel, solidarités ouvrières, symbolique de la grève et de la manifestation, exemplarité de l'URSS, reconnaissance d'une sous-culture* (contre-culture* ?) ouvrière, …
=> Illustrations : 1 p212 Q°1, 2, 3 + 3 p213 Q°
Néanmoins la crise de 1974, la transformation des mentalités, l'effondrement des systèmes socialistes et les changements induits par la mondialisation transforment cette vision. De nos jours, les idéaux ouvriers semblent en recul. Le marxisme connaît une remise en cause idéologique.
6-1-2 : La fin du clivage Travail Capital ( ?)
Certaines évolutions contemporaines semblent remettre en cause les conceptions qui structurent la lutte des classes :
- La « classe ouvrière » semble perdre de sa cohérence
(6-1-2,A),
- Le syndicalisme semble en crise (6-1-2,B),
- Les conflits du travail ne jouent plus le rôle révolutionnaire que leur donnait MARX (6-1-2, C).
A) La fin de la « classe ouvrière » (?)
=> A l'aide des documents 9 p216, 10 p216 et de vos connaissances, construisez le plan définitif répondant au sujet : « montrez que la classe ouvrière » est en recul ».
B) La crise du syndicalisme
Quels sont les principaux syndicats ?
=> A l'aide des documents 6 p215, 7 p215, 8 p216, exercice p219, 11 p239 + 1 p224 et de vos connaissances, construisez le plan définitif répondant au sujet : « montrez que le syndicalisme français est en crise ».
C) L'institutionnalisation* des conflits
Au lendemain de la Révolution française, les syndicats sont interdits au nom de la liberté du travail. Le droit de grève n'existe pas. Dans ces conditions, le dialogue social est impossible car rien n'oblige à la négociation des représentants du patronat et des travailleurs. Les mécontentements et les revendications ne peuvent être relayés. Cette situation aboutissait à des impasses donc à des situations conflictuelles très dures (grèves longues, intervention de l'armée, …).
Il est donc apparu nécessaire de créer des institutions, des lois et des mécanismes permettant la négociation et la pacification des conflits du travail. Cette institutionnalisation des conflits* va voir émerger un nouveau mode de régulation sociale : Il s'agit de favoriser les échanges et la coopération entre les représentants des employés et ceux des employeurs.
Quelles sont les institutions qui permettent de désamorcer les conflits du travail ?
-la loi reconnaît le droit à la liberté syndicale.
=> 4 p214
-Pendant les 30 glorieuses, cette évolution trouvera sa concrétisation dans deux institutions majeures : les conventions collectives* et le paritarisme (= gestion conjointe des partenaires sociaux [syndicats d'employeurs et d'employés] de certains des organismes de la protection sociale). Les lois Auroux (1982) instituent l'obligation légale de la négociation à tous les niveaux (branche, secteurs, entreprise).
=> Illustration : 5 p214 Q°12
- la loi permet de sortir de l'impasse dans laquelle se trouve un conflit. Le code du travail permet ainsi de fixer des limites aux libertés de l'employé et de l'employeur (exemple : le SMIC).
- la médiation : il s'agit de désigner un arbitre extérieur au conflit (le médiateur) qui doit permettre de rétablir le dialogue et la négociation.
=> En quoi ces institutions remettent-elles en cause les conceptions marxiennes ?
Conclusion du 6-1-2 : Si ces évolutions remettent en cause la conception révolutionnaire des conflits du travail, ces derniers n'ont pas pour autant disparu. On assiste à une transformation des formes de ces conflits.
6-1-3 : Les conflits du travail aujourd'hui :
Quels acteurs ? Quelles motivations ?
Si la lecture marxiste (révolutionnaire) des conflits du travail semble dépassée, c'est parce que les conflits du travail semblent obéir aujourd'hui à d'autres formes et d'autres revendications.
A) La transformation de la grève
Pendant les 30 glorieuses, les grèves prennent souvent la forme de grands rassemblements, organisés par les syndicats. Les manifestations unitaires se déroulent à Paris et se présentent comme porteuses d'un projet général de réformes de la société. Ces mouvements sont souvent politisés. Ces caractéristiques ne sont plus celles des conflits du travail d'aujourd'hui.
De nos jours, les grèves sont plus localisées, utilitaristes et limitées. Elles ne s'inscrivent plus dans un enjeu politique global et/ou une vision étendue de la société.
De plus, la grève tend à perdre son caractère collectif pour s'orienter vers un rassemblement de positions individualistes parfois contradictoires.
cf. théorie du "passager clandestin" de M. Olson
Enfin, les conflits du travail se transforment aussi du fait de l'évolution de la taille de l'entreprise ; avec le développement des petites structures (PME), la portée et l'impact des grèves ne sont plus ceux des grands mouvements développés dans de grandes entreprises industrielles.
B) Les nouvelles formes de conflit du travail
=> 12 p218 Q°24, 13 p219 Q°25, 26 + 5 p231 + 6 p231 (CPE)
De nouvelles formes de conflit du travail apparaissent : les grèves perlées, blocage des routes ou des péages, grèves tournantes, coulage, …
D'autres formes plus dramatiques montrent le désarroi des travailleurs et des syndicats devant les mutations liées à la mondialisation. Ces évolutions amènent à réfléchir à de nouveaux moyens d'action, plus conformes au contexte de la globalisation et de la communication des FMN.
=> Sujet p230
