Cours 3-4 : Le développement de la flexibilité du travail
3-4 : LE DEVELOPPEMENT DE LA FLEXIBILITE DU TRAVAIL 3-4-1 : Définitions A) Principes et définitions La flexibilité en général désigne la capacité de s'adapter à une situation donnée. La « rigidité » est son contraire. Au sens économique, la flexibilité* désigne « la capacité d'une entreprise de s'adapter aux évolutions de son environnement, et notamment de la demande. » On distingue plusieurs modalités de la flexibilité : => cf. définitions p132 1) la flexibilité quantitative externe, 2) l'externalisation, 3) la flexibilité quantitative interne, 4) la flexibilité fonctionnelle, 5) la flexibilité salariale NB : Il faut faire un lien entre NFOT et flexibilité : post et néo-taylorisme contribuent à assouplir (=flexibiliser) les processus de production après la crise de l'OST. B) L'exigence de flexibilité La flexibilité est devenue l'un des grands axes des politiques économiques. La mondialisation a accéléré la nécessité d'assouplir les conditions de la production pour être plus réactif aux évolutions de l'environnement, et notamment à la concurrence. La nécessité d'être compétitif implique la possibilité de modifier rapidement l'organisation du travail. La polyvalence et l'autonomie en sortent renforcées. Dans ces conditions, la flexibilité a contribué au développement des emplois précaires depuis les années 90. La politique de la flexibilité est une évolution d'inspiration libérale. Assouplir les conditions de l'emploi, c'est réduire les rigidités qui pèsent sur le marché du travail. Il s'agit de déréglementer le code du travail pour encourager l'embauche. Pour les libéraux, les contraintes d'embauche sont autant d'interventions extérieures qui déséquilibrent le marché (cf. 3-4-2). C) Flexibilité et précarisation des emplois => 29 p132 Q°56, 57, 58 + 30 p133 Q°59, 60, 61 On peut distinguer effets sociaux positifs et négatifs : - Positifs : la flexibilité peut être un remède au chômage de masse, selon les libéraux. Les entreprises sont incitées à embaucher en fonction de leurs besoins même temporaires ou saisonniers (CDD, …). Elles peuvent licencier sans subir une hausse de leurs coûts salariaux (indemnités de licenciement, plan social, …). Cette possibilité devrait bénéficier aux catégories sociales les plus touchées par le chômage (jeunes, +50 ans, femmes, étrangers, peu qualifiés). - Négatifs : la précarisation des emplois induite par le développement de la flexibilité affaiblit le rôle intégrateur du travail. En effet, l'obtention d'un emploi atypique ne permet pas toujours de trouver pleinement sa place dans la société : par exemple, un temps partiel subi payé au SMIC peut aboutir à des revenus insuffisants pour pouvoir trouver un logement (« travailleurs pauvres »). De plus, la précarité contribue à la segmentation du marché du travail* : on peut découper le marché du travail en plusieurs « sous marchés » selon l'employabilité. Certains travailleurs à faible employabilité ne peuvent plus accéder à l'emploi typique, contrairement à d'autres actifs, mieux armés. => 19 p128 Q° 38, 39, 40 Enfin, certaines entreprises utilisent l'externalisation et la flexibilité quantitative externe: la production est réalisée par des « collaborateurs » stables en CDI et par un volet de travailleurs employés en CDD ou intérim, en fonction des variations de son environnement. On peut distinguer 3 niveaux d'implication dans l'entreprise ; ces niveaux peuvent aboutir à des situations très disparates (cf. individualisation) entre les membres de la même structure (salaires, primes, CE, congés, …) 3-4-2 : Flexibilité et chômage Depuis les années 90, la recherche de la flexibilité et la précarisation des emplois qu'elle induit, ont été considérées comme l'une des solutions au chômage. Dans cette section, nous discuterons de cette idée. A) Marché du travail et chômage Le marché du travail* existe-t-il ? Le marché du travail désigne « le lieu réel ou fictif qui organise la rencontre entre les offreurs et les demandeurs de travail ». Les économistes s'opposent sur la réalité de tels marchés et les mécanismes qu'ils impliquent : un offreur de travail (= demandeur d'emploi) négocie librement et individuellement les modalité du contrat de travail. Cette approche néo-classique est contestée par les keynésiens. I- OUI, il existe un marché du travail pour les libéraux A) LES DETERMINANTS DU MARCHE DU TRAVAIL => 16 p126 Q° 29, 30, 31 Pour les théoriciens néo-classiques, il existe un marché du travail. L'OFFRE de travail (par les travailleurs) dépend de facteurs démographiques et sociologiques : âge légale de la scolarité, âge légal de départ à la retraite, activité féminine, taux de natalité, … La DEMANDE de travail (par les entreprises) dépend de facteurs essentiellement économiques : niveau de la consommation, niveau de la croissance. Les déterminants de l'offre et de la demande de travail ne sont donc pas les mêmes : a priori, il n'y a pas de raison pour que le plein-emploi soit atteint. Les néo-classiques montrent qu'il faut organiser un marché du travail libéré de toute intervention extérieure pour permettre le plein-emploi. B) L'APPROCHE NEO-CLASSIQUE Pour ces économistes, le marché du travail permet de déterminer un équilibre tel que O = D. L'Offre de travail augmente quand le salaire augmente : les travailleurs acceptent de travailler car les gains attendus de l'activité professionnelle surpassent la perte de loisir (désutilité du travail) La Demande de travail varie en fonction du prix du travail. Quand les salaires augmentent, le gain attendu (profit des entreprises) par l'embauche des travailleurs tend à diminuer (productivité du travail). Les entreprises réduisent donc la D de travail quand les S augmentent. Le marché s'autorégule : il existe un point d'équilibre E, c'est-à-dire un prix du travail tel que toutes les offres et les demandes sont satisfaites. Dans cette conception, le chômage est impossible. Tous les travailleurs qui souhaitent travailler aux conditions du marché trouvent un emploi. Le chômage ne peut être que volontaire : il s'agit de travailleurs qui se retirent du marché du travail car les salaires, résultats de l'équilibre du marché, leur paraissent trop bas. Si le marché est capable d'autorégulation, cela signifie que toutes les interventions extérieures (et notamment celles de l'état) déséquilibrent le marché. II- MAIS, d'autres économistes contestent cette idée A) LE TRAVAIL N'EST PAS UNE MARCHANDISE Certains économistes refusent de concevoir le travail uniquement comme un facteur de production dont les quantités et les prix peuvent varier mécaniquement. Le travail est, en effet, devenu un élément de la société, source du lien social. Avoir un emploi, ce n'est pas uniquement disposer d'un revenu, c'est aussi détenir un statut qui participe à la construction de l'identité de l'acteur social : rôle social, relations sociales, repères hiérarchiques, droits à la protection sociale… De plus, les conditions de l'emploi ne sont pas structurées par le marché. L'emploi est un construit social et historique qui encadre l'embauche par delà son rôle strictement productif. Ainsi, Le Code du Travail impose des conditions minimales en terme de droits, congés, horaires, rémunérations, … Le travail n'est donc une simple marchandise, dont le prix et les modalités varient selon les évolutions de l'O et de la D. B) LE MARCHE NE S'AUTOREGULE PAS POUR JM KEYNES* A la suite de la crise de 1929, Keynes s'oppose aux néo-classiques dont il prend le contre-pied. Ce n'est pas la demande de travail qui détermine le prix du travail, c'est le prix du travail qui détermine la D de travail. Niveau des S => Niveau de la Consommation => Niveau de la Production => niveau de l'Emploi. Pour Keynes, le marché ne trouve pas spontanément son équilibre ; l'état doit intervenir pour soutenir la consommation, donc l'emploi. C) LE MARCHE DU TRAVAIL N'EST PAS HOMOGENE : IL Y A DES MARCHES DU TRAVAIL *marché interne/externe du travail Pour qu'il existe un véritable marché du travail, il faudrait qu'existe une totale concurrence entre les entreprises qui veulent embaucher et l'ensemble des travailleurs du territoire. Cette situation est utopique : en réalité, les travailleurs ne sont pas tous en concurrence les uns avec les autres. Il existe différents marchés du travail selon les secteurs, les diplômes, les lieux, l'âge, le sexe, … Sur ces différents marchés, les règles de fonctionnement peuvent être très diverses. Dans la même entreprise, il peut y avoir différents modes de recrutement et de gestion de la main d'œuvre selon le statut du travail (« insiders/outsiders ») B) les différentes dimensions du chômage* Le chômage* (au sens BIT) désigne « l'ensemble des personnes qui répondent aux caractéristiques suivantes : - être sans emploi, -être disponible pour travailler, -rechercher activement un emploi. » => 12 p124 reprendre les 2 définitions du chômage - taux de chômage* - Cette définition pose problème du fait de l'augmentation des situations de sous-emploi - Les évolutions récentes du chômage Sur le long terme, la France est plutôt un pays en manque de main d'œuvre. Le chômage de masse est un phénomène récent. Entre 1900 et 1975, le chômage est à un très bas niveau (< 3% de la PA). La France a recours à l'immigration et à la féminisation des emplois pour asseoir sa forte croissance. Depuis la crise de 74 et notamment depuis le début des années 80, le chômage augmente fortement pour atteindre 10% de la population active (3 M° d'actifs). Entre 95 et 2001, le chômage connaît une baisse très rapide (-1 M° de chômeurs). Cette baisse est compensée sur la période 2002-2005. Depuis une année, le chômage connaît une baisse continue quoique fragile (8 % de la PA- 2 M° de chômeurs). - Les caractéristiques du chômage en France => 14 P 125 Etude + 15 p125 Q°28 - Débat théoriques sur les causes du chômage (Libéraux et interventionnistes) => 17 p126 Q° 32, 33, 34 + 20 p129 Q°41, 42, 43 + 23 p130 Q°46 A la fin des 30 glorieuses, les politiques keynésiennes ne semblent plus adaptées au contexte de la stagflation. De plus, les contraintes budgétaires* et extérieures* nuisent aux politiques isolées de relance. Dès lors, on assiste à un « tournant libéral » : les politiques économiques cherchent à donner plus de place aux régulations marchandes en désengageant l'état de l'économie. C'est cette inspiration qu'on va retrouver dans les politiques de l'emploi menées après 80. à Pourquoi y a-t-il du chômage pour les libéraux ? Pour les libéraux, le marché du travail est capable d'autorégulation. Dans cette situation, le chômage est volontaire ou frictionnel (inadéquation temporaire entre l'O et la D de travail). L'existence du chômage s'explique donc par les interventions extérieures, et notamment celle de l'état, qui empêchent l'équilibre du marché : - des rigidités, c'est-à-dire des contraintes légales extérieures aux volontés individuelles : temps de travail, salaires, primes, … - la fiscalité qui pèse sur le travail (cotisations sociales « charges ») alourdit le coût de travail. Les impôts et les taxes constituent un détournement de la VA. Du fait de ces contraintes, le coût du travail* pour l'entreprise ne correspond pas à l'apport productif du travail (productivité individuelle du travailleur) : Les surcoûts induits par la législation tendent à rendre le coût du travailleur supérieur à ce qu'il rapporte à l'entreprise. Ce décalage expliquerait notamment le chômage des travailleurs les moins qualifiés. Ensuite, les libéraux dénoncent les aides aux chômeurs qui entretiendraient le chômage volontaire : parce qu'il reçoit des indemnités, le chômeur refuse ou décale son retour à l'emploi. Ces « trappes à chômage » sont donc entretenues par toutes les aides qui proposent des revenus sociaux en compensation de l'absence d'emploi (RMI, indemnités chômage, allocations, …) à Quelle politique (libérale) de l'emploi faut-il mener ? Cette politique se construit selon 3 axes : -limiter le chômage volontaire en soumettant à condition l'octroi des aides et des allocations et/ou en réduisant le montant de ces aides ; - diminuer la fiscalité, en baissant les charges, les taxes et/ou l'impôt sur les sociétés, -déréglementer le marché du travail en assouplissant les rigidités qui encadrent le contrat de travail. La recherche de nouvelles formes de contrat plus flexibles s'inscrit dans cette démarche. à Les interventionnistes critiquent l'idée que le marché du travail puisse s'autoréguler. Ils contestent ces politiques car la stagnation des salaires et des revenus qu'elles impliquent freinent la consommation, et peuvent donc nuire à la croissance à long terme. De plus, la précarisation des emplois contribue à la précarisation sociale des familles (= « insécurité sociale »). Pour les sociaux-démocrates, le désengagement de l'état peut contribuer au creusement des inégalités. => Evolution de la part du T dans la VA : 21 et 22 p129-130 C) La flexibilité peut-elle permettre de lutter efficacement contre le chômage ? => Sujet p139 + 27 p131 Q°54
