SPE8 : Echange international et croissance (D. Ricardo)

SPE8 : ECHANGE INTERNATIONAL ET CROISSANCE

                                                                       David RICARDO

 

 

8-1 : Notions et Thèses

 

 

            8-1-1 : Présentation de l'auteur

 

David Ricardo est un économiste né à Londres (1772-1823) dont l'œuvre maîtresse est « Des principes de l'économie politique et de l'impôt » (1817). Il est, avec Adam Smith, le principal penseur de l'économie classique : il considère que l'économie doit se développer en se fondant sur la satisfaction individuelle des intérêts particuliers au détriment des interventions de l'état. Ricardo est le principal théoricien du libre-échange. Ses vues continuent à influencer la construction politique de la mondialisation.

 

Pourquoi le libre-échange est-il souhaitable ?

David Ricardo va montrer que le libre échange est favorable mutuellement aux échangeurs. Il rompt ainsi, à la suite de Smith, avec la conception qui considérait le commerce international comme une « guerre » économique où l'enrichissement des uns se faisant au détriment des autres.

 

Sans l'échange international, l'économie tend selon lui à la stagnation et à la baisse des profits.

En effet, le revenu national de l'économie britannique du 19ème siècle provient de 3 sources : le salaire (rémunère le travail), le profit (rémunère le capital) et la rente (rémunère la terre).

 

Revenu national = S + P + R

           

Les salaires varient en fonction du prix des céréales : le salaire doit garder le même pouvoir  d'achat pour éviter les famines dans la population, source du travail.

Or à mesure que la population augmente, il faut étendre les terres cultivées aux terres les moins fertiles (loi des rendements décroissants*) : le prix des céréales augmente car celles-ci sont cultivées dans des conditions de moins en moins favorables. Mécaniquement, cette hausse provoque celle des salaires, alors que la rente reste constante. La hausse des salaires se fait donc au détriment de la part des profits. Cette situation crée un blocage économique car les détenteurs de capital sont découragés ; l'économie tend à la stagnation.

C'est le recours au libre-échange qui va permettre de sortir de ce cercle vicieux : les importations de céréales produites à un moindre coût préservent le taux du profit, moteur de la dynamique capitaliste.

           

 

8-1-2 : La théorie du commerce international

 

 

            A) La théorie des avantages absolus d'Adam Smith

 

Pour Smith, chaque pays a intérêt à se spécialiser dans la production pour laquelle il dispose d'un avantage absolu* (la production des produits qu'il produit moins cher que les autres pays) et à abandonner aux autres pays la production des autres produits.

Cette théorie aboutie à une division internationale du travail.

(cf. SPE2)


 

B) La théories des avantages comparatifs

 

David Ricardo va s'appuyer sur les travaux de Smith pour en dépasser les limites : dans l'analyse de Smith, les pays qui ne disposent d'aucun avantage n'ont pas intérêt à l'ouverture car celle-ci provoquerait la disparition de toute production nationale. Paradoxalement, cette théorie pourrait justifier le protectionnisme dans certaines conditions.

 

Ricardo va montrer que les pays ont intérêt à échanger même quand ils ne disposent pas d'avantages absolus. Les pays vont échanger selon la loi des avantages comparatifs* : les pays ont intérêt à se spécialiser dans les produits pour lesquels ils sont les plus avantagés ou les moins désavantagés. Dans ces conditions, la spécialisation et l'échange international procurent un gain mutuel pour tous les pays participant.

 

A travers l'exemple du drap anglais et du vin portugais, Ricardo montre que le libre-échange permet à chaque pays de bénéficier de plus de produits. Ainsi, le revenu mondial s'accroît.

Le libre-échange permet la croissance et le développement.

 

 

C) Les hypothèses du raisonnement du Ricardo

 

Le raisonnement de David Ricardo repose sur un certain nombre d'hypothèses contraignantes :

 

1)       Les facteurs de productions sont mobiles à l'intérieur de chaque pays, mais immobiles entre les pays. Le commerce mondial est donc le fait de nations qui échangent sur la base de leurs avantages économiques nationaux.

 

2)       Les rapports des coûts relatifs sont calculés entre des pays. Le raisonnement de Ricardo concerne donc un commerce interbranche* : les pays sont spécialisés globalement par secteurs et échanges les produits nationaux contre des produits nationaux.

 

3)       Les avantages comparatifs sont durables : un pays avantagé le restera.

  

 

8-2 : Textes d'auteur

 

 

            8-2-1 : « Du drap contre du vin »

 

=>        1 p128 Q°1, 2, 3

 

8-2-2 : Un gain mutuel pour les partenaires de l'échange

 

=>        3 p129 Q° 1, 2

 

            8-2-3 : Un moyen de lutter contre la baisse des profit

 

=>        4 p129 Q°3

 

 

 

8-3 : Actualité et prolongements

 

            Introduction :   La contestation des hypothèses de Ricardo (Cf. 8-1-2, C)

 

Ricardo raisonnait dans un contexte particulier, celui de la révolution industrielle ; ce contexte ne semble plus correspondre à celui des échanges extérieurs tels qu'ils se déploient depuis une trentaine d'années.

 

 

            8-3-1 : La libre circulation des capitaux

 

=>        6 p130 Q°1, 2

           

Cette évolution remet en cause la première hypothèse de Ricardo, celle de l'immobilité des facteurs de production entre les nations (2 p128).

 

Si le travail connaît de sérieuses limites à sa libre circulation dans le monde (limites culturelles, géographiques, limites politiques, ..), la libre circulation des capitaux est une des grandes caractéristiques de la « mondialisation » depuis une trentaine d'années : du fait des moyens de communications modernes, il est possible désormais de modifier très facilement la localisation des investissements, partout dans le monde.

 

Cette fluidité est notamment construite par les firmes multinationales (FMN) qui développent des stratégies globalisées quant à la localisation de leurs filiales (relais ou atelier). Dès lors, les zone géographiques sont mises en concurrence au regard de leur « attractivité » pour recevoir les IDE*.

De ce fait, ce ne sont plus vraiment les états qui sont les moteurs des échanges internationaux, comme le pensait Ricardo, mais plutôt les FMN (Cf. DIPP, SPE2)

 

8-3-2 : Le développement du commerce intrabranche

 

=>        7 p131 Q°1, 2, 3  

 

Cette évolution remet en cause la seconde hypothèse de Ricardo, celle qui considérait l'échange international comme un commerce entre nations s'échangeant des produits dans lesquels elles se spécialisaient (commerce interbranche).

 

De fait, le commerce des PDEM est surtout un commerce intrabranche*, un commerce « entre semblables » : par exemple, les principaux partenaires commerciaux de la France sont des pays économiquement et structurellement proches d'elle.

 

Dans ce contexte, le DIT ne suit pas tout à fait les prédictions des classiques (les pays industrialisés exportent des produits manufacturés et importent des produits agricoles). La DIT actuelle est plus complexe puisque les principaux pays agricoles exportateurs sont des PDEM et qu'apparaissent des NPI qui modifient la localisation de l'industrie mondiale.

           

 

8-3-3 : L'avantage est un construit

 

=>        11 p134 Q°1, 2  

 

Cette évolution remet en cause la troisième hypothèse de Ricardo, celle qui considérait que l'avantage national acquis était durable.

 

Si cette hypothèse était vérifiée, on ne comprendrait pas les délocalisations.

En effet, toutes les spécialisation ne se valent pas : certaines « rapportent » relativement plus que d'autres du fait des termes de l'échange (exemple : il faut exporter beaucoup de bananes pour compenser l'importation d'un ordinateur). Aussi, les états qui « subissent » cette spécialisation défavorable vont chercher à se donner les moyens de modifier la DIT.

Contrairement à ce qu'affirmait Ricardo, la spécialisation peut aussi être une construction dans laquelle les pouvoirs publics peuvent jouer un rôle important par la fiscalité, l'étatisation de secteurs, le niveau des salaires, …

Déjà au 19ème siècle, l'économiste allemand Friedrich List estimait qu'il fallait protéger certains secteurs pour leur permettre de devenir compétitifs avant de s'insérer dans les échanges mondiaux (« protectionnisme offensif de l'industrie dans l'enfance »).

C'est cette voie qu'ont suivi certains NPI asiatiques pour devenir des nations industrialisées.

 

Cette possibilité de modifier la DIT en modifiant les avantages comparatifs de l'économie nationale oblige les états à mener des politiques d'attractivité ou des politiques commerciales stratégiques* en jouant sur le coût du travail, la productivité des facteurs de production, la fiscalité, le niveau des infrastructures, la réglementation, …

Pour les PDEM, le maintien de leur niveau de vie passe par un haut niveau de productivité du travail qui leur impose l'amélioration constante de leur capital humain et une recherche permanente d'un avantage technologique pour échapper à la concurrence des pays à bas salaires.

 

Plus généralement, Ricardo faisait de l'avantage comparatif, la cause de la spécialisation. Or, il peut en être la conséquence : un secteur devient de plus en plus compétitif à mesure qu'il trouve des débouchés à l'extérieurs car ce surcroît de production lui permet de bénéficier d'économies d'échelle.

 

 

Conclusion :

 

Si le cadre général de la « globalisation » échappe en partie au cadre de l'analyse ricardienne, il n'en demeure pas moins que la construction du libre-échange depuis 1945 via le GATT puis l'OMC repose sur l'idée que l'ouverture des frontières provoque un gain mutuel pour les pays participants, conformément aux théories de Ricardo et Smith.

 

Dans ce contexte, la croissance et le développement qui en résultent, devraient permettre une pacification des relations entre des pays qui deviennent des partenaires commerciaux (théorie du « doux commerce »).

 

Cependant, les limites de la théorie de Ricardo sont aussi celles de la mondialisation qui place l'échange marchand au cœur des régulations mondiales, parfois au détriment des politiques nationales dont le cadre est fixé par les citoyens dans les démocraties. On comprend ainsi que le protectionnisme demeure, même partiellement. Il existe des secteurs économiques qui doivent échapper à la logique de la mondialisation pour des raisons sanitaires, éthiques, stratégiques, sociales et/ ou économiques.

On comprend ainsi que les politiques commerciales des états soient un mélange parfois fluctuant de libre-échange et de protectionnisme.

 



Article ajouté le 2007-09-06 , consulté 20 fois

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