SPE7 : Lien social et intégration (E. Durkheim)

SPE7 : LIEN SOCIAL  ET  INTEGRATION

                                   EMILE DURKHEIM

 

 

7-1 : Notions et thèse

 

            7-1-1 : Présentation de l'auteur

 

            Né à Epinal en 1858.

Il est considéré comme le père de la sociologie en France.

Il veut fonder une discipline nouvelle et scientifique car il s'agit d'étudier les faits sociaux* et d'établir les lois qui les expliquent.

Ce qui caractérise un fait social*, c'est l'extériorité et la contrainte : Durkheim appelle fait social, toute action ou ensemble d'actions effectuées par les individus dans un but collectif.  Elles s'inscrivent dans le cadre des normes, valeurs de la société.

 

=>  1 p112 Q°1, 2, 3 

 

On peut illustrer cette notion par l'exemple du suicide que Durkheim étudie dans un livre éponyme de 1897.  Alors que cet acte semble résulter d'un choix individuel, Durkheim montre que ce phénomène n'est pas statistiquement  indifférent à certaines modalités comme la période de l'année, la situation familiale, les croyances religieuses.  Le suicide est un fait social dans la mesure où, pris dans sa globalité, le phénomène est lié à certaines conditions de la société.

 

Cette conception de la société fait de Durkheim un sociologue HOLISTE : les faits sociaux s'imposent aux motivations individuelles. Ce sont les caractéristiques de la société qui influencent les destinées individuelles. Les normes, valeurs et pratiques imposent aux individus des cadres d'action.  Quand ces éléments de la culture construisent un cadre cohérent, la cohésion sociale* et le lien social* sont forts. On dit que la sociologie de Durkheim est une sociologie du fait social.

En revanche, quand la société est en crise, les normes et les valeurs qui la structurent perdent de leur lisibilité et ne sont plus capables de donner aux individus un cadre d'action cohérent. Laissés à eux-mêmes, les individus se comportent de manière déviante* ; la société est en situation d'anomie*.

Par exemple, quand la société est en crise, la crise des valeurs entraîne une augmentation des suicides. Les individus se sentent plus isolés, abandonnés.

 

7-1-2 : Division du travail et solidarité

 

La problématique centrale de Durkheim est donc celle de la cohésion de la société : quelles sont les éléments qui renforcent ou affaiblissent le lien social et la solidarité sociale ?

 

A) La division du travail ne se réduit pas à la division technique du travail

 

Pour Adam Smith (SPE2), la division a un effet économique : en décomposant les tâches élémentaires de la production, on peut améliorer la productivité du travail. Cette vision est strictement économique. Selon Smith, le lien marchand est à l'origine de la société : c'est l'échange, penchant naturel de l'humanité, qui permet le contact et les relations sociales.

Chaque individu cherche son intérêt particulier. Ce faisant, il contribue à l'intérêt général. Les résultats macroéconomiques résultent de la somme des motivations individuelles (« Main invisible »).

 

Durkheim va contester cette vision strictement économique : pour lui, la division du travail a un objet social. Les sociétés sont organisées à partir de grandes fonctions sociales qui sont divisées et confiées à des individus. Spécialisés, les individus dépendent donc les uns des autres. Il y a donc coopération et interdépendance entre les membres de la société.

Illustration : les sociétés de chasse et de cueillette.

 

Durkheim va montrer dans la « De la division du travail social » (1893) que la forme de cette division sociale du travail va déterminer la forme du lien social.

 

            B) Solidarité mécanique et solidarité organique

 

Durkheim reprend la distinction de F. Tonnies entre communautés et sociétés.

Pour ce dernier, les sociétés se distinguent des communautés en ce sens qu'elles admettent une place pour les consciences individuelles, à « côté » de la conscience collective.

 

En effet, dans les communautés, les règles de la vie sociale s'imposent aux membres sans interprétations ou adaptations. La conscience collective recouvre complètement les consciences individuelles.

Cette situation s'explique par le fait que la division et la répartition des tâches y sont peu étendues. Les individus sont socialement très semblables car ils occupent des fonctions très proches les unes des autres. Cette situation  crée une solidarité mécanique* entre les membres.

 

En revanche, dans les sociétés, la division du travail est très étendue. Les individus occupent des fonctions très différenciées ce qui les rend très dissemblables les uns aux autres. Cependant, la solidarité y est forte car ces fonctions spécialisées obligent à la coopération. La solidarité sociale est une solidarité organique* : les individus participent à la vie du corps social malgré leur spécialisation (analogie avec le corps humain).

 

Comment passe-t-on de la communauté à la société ?

Durkheim montre que ce passage s'explique par la concentration de la « densité matérielle et morale* » de la société. La densité matérielle désigne le nombre d'individus sur un territoire donné. La densité morale est l'intensité des échanges entre les membres de la société.  Quand une société se développe, la densité tend à s'accroître, ce qui impose de décomposer les tâches sociales dans la société (division sociale du travail).

 

 

augment° de la population

(densité matérielle)

              +                => accroissement de la densité  => division sociale du T

intensif° des échanges

(densité morale) 

 

 

           

Nature de l'organisation sociale

densité

Division du travail

Situation de la conscience collective

Nature de la solidarité

COMMUNAUTES

Faible

Peu étendue

Recouvre les consciences individuelles

MECANIQUE (les membres sont semblables)

SOCIETES

Forte

Très étendue

Coexistence d'une conscience individuelle et d'une conscience collective

ORGANIQUE (les membres sont différenciés et coopèrent)

 


 

 

                        C) Le droit, symbole visible de la solidarité sociale

 

La forme de l'organisation de la société aboutit au droit*, cad une ensemble de normes formelles qui encadrent les actions individuelles. Le droit concrétise la solidarité sociale.

 

Dans les communautés, la conscience collective recouvre les particularismes individuels ; toute déviance est perçue comme une remise en cause de la culture qui identifie la structure sociale : le droit est répressif*.

En revanche, comme la société admet l'affirmation de l'individualité, le droit joue un rôle d'arbitre entre les individus ; il s'agit de restituer aux individus lésés la part qu'ils ont perdue : le droit est restitutif* (ou coopératif*).

 

Dans l'idéal, dans les sociétés, l'autonomie individuelle peut s'étendre sans remettre en question la solidarité.

Néanmoins, il peut arriver que le lien social se distende du fait de la montée de l'individualisme.

 

            7-1-3 : Les formes pathologiques de la division du travail

 

Selon Durkheim, la solidarité organique des sociétés est plus forte que la solidarité mécanique des communautés car elle accepte la possibilité d'une conscience individuelle.

A mesure que la division sociale du travail s'étend la cohésion sociale gagne en solidité dans les sociétés.

Mais, Emile Durkheim constate une crise du lien social dans la société française de la fin du 19ème siècle, société dans laquelle la division sociale du travail est étendue.

Comment expliquer ce paradoxe ?

 

Durkheim estime que la division sociale du travail peut-être anomique* : il existe des formes pathologiques de la division du travail.

 

Il peut arriver que la division sociale du travail ne produise pas la solidarité, dans 3 cas :

-          Les crises économiques et commerciales provoquent des faillites qui témoignent d'une dispersion de la production et de la consommation. Cette dispersion (une entreprise ne trouve pas son marché) témoigne de l'affaiblissement du lien social ;

-          L'opposition entre le travail et le capital peut aboutir à des conflits qui déstabilisent la cohésion sociale ;

-          La spécialisation trop poussée du travail scientifique disperse l'effort technologique et les activités économiques et sociales qui en découlent. La spécialisation aboutit à une perte du point de vue général.

 

 

Ces situations aboutissent à une spécialisation contrainte du travail qui isole les individus dans un tâche spécifique et dont le sens se perd. L'hyperspécialisation rompt le sentiment de la coopération. L'individu est laissé à lui-même en quête de règles et de norme. La société connaît l'anomie.

 

Pour sortir de cette impasse, Durkheim proposait de retisser un lien par le travail en rendant un sens au travail, certes spécialisé, mais inscrit dans un cadre social par l'instauration de corporations. Ces associations professionnelles de travailleurs pouvaient rétablir des règles sociales en marge d'un travail spécialisé.

 

 

 

 7-2 : Textes d'auteur

 

 

            7-2-1 : le lien social, phénomène moral

 

=>        2 p112 Q°1, 3

 

            7-2-2 : La solidarité mécanique (le lien social communautaire)

 

=>        6 p114, Q°3  +  8 p115 Q°1, 2, 3

 

            7-2-3 : La solidarité organique (le lien social sociétaire)

 

=>        7 p114  Q°1, 2

 

            7-2-4 : Le droit, symbole de la solidarité sociale

 

=>       3 p 113  lire  +  4 p113 Q°2, 3  +  5 p114

 

            7-2-5 : La division du travail anomique

 

=>       9 p 115 Q°1, 2, 3  +  10 p116 Q° 1, 2

 

 

7-3 : Actualité et prolongements

 

 

7-3-1 : De nouvelles formes de solidarités mécaniques dans les sociétés contemporaines ?

 

Le développement de l'individualisme est parfois perçu comme une remise en cause des formes historiques de la solidarité dans les sociétés à économie de marché. Cette évolution doit être complétée par l'émergence de nouvelles formes de solidarité de type mécanique dans les sociétés modernes :

 

- L'institution familiale reste une valeur centrale : si on assiste bien à une évolution des formes familiales depuis une trentaine d'année, les fonctions de la famille semblent se raffermir dans le contexte de la crise sociale actuelle : prolongement de la cohabitation juvénile, intensification des échanges, …

 

- La fin des années 80 a vu l'émergence de Nouveaux Mouvements Sociaux (NMS) attachés à des professions ou des statuts particuliers. Ainsi de nouvelles formes de solidarités identitaires et professionnelles (corporatismes) s'affirment.

 

- Si on assiste depuis le 18ème siècle à une sécularisation des pratiques sociales et à un recul net des pratiques religieuses, de nouveaux mouvements religieux minoritaires s'affirment néanmoins, parfois en réaction. Ce retour d'affirmations identitaires religieuses passe par des pratiques communautaires (communautarisme, sectarisme), sous-culturelles voire contre-culturelles.

 

 

            7-3-2 : Le rôle intégrateur du travail en question

 

=>        17 p119 Q° 1, 2, 3 

=>        15 p118 Q°1, 3  « la fin de la valeur travail ? » Dominique Méda

=>        19 p120 Q°1, 2, 3



Article ajouté le 2007-09-06 , consulté 7 fois

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