SPE6 : Conflits de classe et changement social (K. Marx)

SPE6 : CONFLITS  DE  CLASSE  ET  CHANGEMENT  SOCIAL   (Karl MARX)

 

 

 

6-1 : Notions et thèse

 

 

            6-1-1 : Présentation de l'auteur

 

Marx a constaté de visu les conséquences négatives de la révolution industrielle en Angleterre lors d'un séjour à Londres. Il va partir de ce constat pour expliquer le paradoxe des économies de marché naissantes qui créent une forte croissance, alors que les travailleurs qui y contribuent connaissent des conditions de vie et de travail exécrables.

Sa lecture du système capitalisme va s'inscrire dans une vision plus générale de l'histoire : le matérialisme historique (présenté dans « le manifeste du parti communiste », écrit avec Engels en 1848).

Cette vision de l'histoire considère que l'histoire des sociétés humaines est celle de l'exploitation de l'homme par l'homme. Les sociétés humaines se caractérisent par l'appropriation par une classe sociale des moyens de production de la richesse, au détriment des autres classes sociales. Les sociétés humaines sont donc parcourues par des antagonismes de classes qui séparent classes dominantes et classes dominées.

Néanmoins ces antagonismes vont aboutir à la destruction des rapports de classes. Les classes dominées vont prendre en charge la contestation de l'exploitation. Ces contestations aboutissent à la révolution qui supprime l'exploitation et instaure un nouveau rapport d'exploitation.

Ainsi, la fin des sociétés antiques qui reposaient sur la dichotomie patriciens/esclaves aboutit à la société féodale qui instaure un nouveau type d'exploitation reposant sur l'appropriation des terres cultivables qui séparent seigneurs et paysans.

Cette histoire de l'exploitation doit aboutir à la société communiste, société sans classe c'est-à-dire sans relation de domination.

Dans cette vision de l'histoire, le conflit crée la dynamique des sociétés, le changement social.

La lutte des classes est le moteur de l'histoire.

La société capitaliste n'échappe pas à cette logique.

Les théories de Marx vont influencer les courants de la contestation politique du XIX et du début du XXème siècle : les courants révolutionnaires vont tenter d'organiser la révolution prolétarienne ; les courants réformistes vont tenter d'améliorer les conditions de vie du prolétariat sans pour autant considérer la fin du capitalisme.

 

La méthode de Marx est holiste car les actions des individus ne sont pas appréhendées à partir de leurs motivations individuelles, mais selon leur appartenance à une classe sociale donnée, elle-même dépendante de l'organisation générale de la société. Ainsi, les structures sociales déterminent les rapports de classe.

 

            6-1-2 : Travail et capital dans la société capitaliste

 

Dans « le capital » (1867), Marx décrit le fonctionnement du capitalisme.

Ce système politique et social a son origine dans l'organisation économique. Cette dernière repose sur la possibilité pour les détenteurs de capital (capitalistes) d'acheter le travail détenu par les travailleurs, moyennant une rémunération, le salaire. En achetant le travail, le capitaliste s'approprie par la même les fruits du travail, c'est-à-dire la production.

 

                        A) L'exploitation du travail par le capital

 

Pourquoi peut-on parler d'exploitation*?

Le capitaliste détient l'initiative économique : c'est lui qui détient la propriété des moyens de production. Il possède les machines et peut acheter le travail, moyennant le versement d'un salaire.

Se faisant, le capitaliste peut s'approprier le résultat de la production, c'est-à-dire la valeur marchande de la production.

Marx considère, à la suite de Smith, que seul le travail crée de la valeur (« valeur travail ») : la valeur de la production provient de l'activité des travailleurs.

Il y a exploitation car la valeur créée par le travail est supérieure à la rémunération reçue en contrepartie de son travail. C'est la plus-value* qui est égale à la différence entre la valeur de la production et la valeur rémunérée du travail.

 

L'organisation économique est donc un premier niveau de l'organisation générale de la société capitaliste (infrastructure).

Mais ce premier niveau crée une organisation des groupes sociaux, puisque selon leur rôle dans la production, les groupes sociaux n'ont pas la même finalité. Ainsi, on peut distinguer des rapports sociaux de production* entre le groupe des capitalistes, détenteurs des moyens de production, et les travailleurs qui sont contraints de vendre leur force de travail pour vivre.

Cette dichotomie va aboutir à des rapports de classe.

 

                        B) la notion de classes sociale*

 

Ces rapports sociaux de production créent un conflit d'intérêt entre capitalistes et travailleurs : pour les premiers, il s'agit d'augmenter le plus possible la plus-value, notamment en accentuant la division du travail (augmenter la productivité) et en diminuant les salaires. Les travailleurs, en revanche, revendiquent des hausses de salaire, notamment pour améliorer leurs conditions de vie.

Ce conflit d'intérêt peut prendre une dimension politique : les uns et les autres peuvent s'organiser pour défendre leurs intérêts.

Néanmoins, il n'y a pas passage automatique entre le rôle dans les rapports sociaux de production et la volonté de défendre les intérêts de son groupe social, car il faut qu'il y ait une prise de conscience de l'exploitation qui structure la société capitaliste.

 

Marx introduit la notion de classe sociale* pour établir cette distinction.

Une classe sociale désigne les membres d'un groupe issu des rapports sociaux de production qui a pris conscience de son rôle dans l'exploitation (« conscience de classe *») et qui décide de se mobiliser pour défendre les intérêt de son groupe d'appartenance.

Il faut donc distinguer la classe « en soi* » (les individus occupent une place particulière dans les rapports sociaux de production) et la classe « pour soi* » (les individus se mobilisent pour défendre leurs intérêts de classe).

 

Ainsi, les niveaux économiques et sociaux sont prolongés par un 3ème niveau politique (superstructure) qui est le lieu d'une lutte entre la classe dominante, qui a intérêt à conserver l'exploitation, et une classe dominée qui va chercher à achever l'exploitation par la révolution. La lutte politique oppose donc conservateurs et révolutionnaires.

 

                        C) Bourgeois contre prolétaires

 

La société capitaliste comme système d'exploitation n'échappe pas à la « lutte des classes* ».

La lutte des classes dans la société capitaliste aboutit à l'antagonisme entre la bourgeoisie et le prolétariat.

 

La bourgeoisie désigne les capitalistes qui ont pris conscience de la nécessité de défendre la conservation du système d'exploitation du travail par le capital. Ils s'organisent pour freiner la mobilisation ouvrière qui pourrait affaiblir le niveau de la plus-value. Ils investissent le champ politique pour mettre les institutions politiques et l'état au service de leurs intérêts de classe. Par exemple, ils vont faire pression pour interdire la grève et/ ou punir les ouvriers qui tenteraient de « subvertir » les autres ouvriers. De plus, la bourgeoisie a intérêt à constituer une « armée de réserve », c'est-à-dire un niveau de chômeurs qui font pression sur  les travailleurs embauchés pour limiter le niveau  des salaires.

 

Le prolétariat désigne les travailleurs qui ont pris conscience de la domination bourgeoise. Leur objectif est d'éveiller la conscience des travailleurs et d'organiser la mobilisation prolétarienne, notamment par la constitution de syndicats.

 

La lutte des classes dans la société capitaliste aboutit à l'antagonisme bourgeois/ prolétaires, qui va aboutir à la fin du capitalisme.

 

                        D) La fin de la société capitaliste

 

La révolution prolétarienne va permettre la fin du capitalisme.

 

Pourquoi  la fin du capitalisme est inéluctable ?

 

Le capitalisme est un système contradictoire, qui va finir par s'autodétruire.

En effet, les capitalistes se font concurrence, ce qui aboutit à une baisse des prix de la production.

Cette baisse des prix les obligent à intensifier l'exploitation du travail en durcissant les conditions de travail et en réduisant les salaires.

Ces évolutions ont deux conséquences :

-d'une part, la consommation diminue. Le système capitalisme est donc conduit à la surproduction, qui affaiblit les perspectives de plus-value (« baisse tendancielle du taux de profit ») ;

-d'autre part, le durcissement des conditions de travail conduit de plus en plus d'ouvriers à prendre conscience de leur exploitation. Peu à peu, les effectifs du prolétariat augmentent, accentuant la puissance de la contestation.

Ainsi, à mesure qu'il se développe, le capitalisme (thèse) développe les forces internes (antithèse) qui vont conduire à sa destruction (synthèse).

 

La société capitaliste doit conduire à la société socialiste qui naît de la victoire

du prolétariat.

Celle-ci se caractérise par l'appropriation de l'ensemble des moyens de production (collectivisation) par l'état au nom du prolétariat (« dictature du prolétariat »). Ce système reste un système d'exploitation car l'état reste une force politique qui décide suprêmement des conditions de la production et du partage des richesses.

 

Aussi, ce système doit disparaître au profit de la société communiste, société sans classe, ni instances dominantes de pouvoir. Les individus peuvent disposer librement des richesses selon leurs besoins (« De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins ! »)

 

 

6-2 : Textes d'auteur

 

 

            6-2-1 : L'exploitation du travail par le capital                       

 

=>                    Les rapports de production : 2 p98, Q° 1,  2

=>                    La production de la plus-value : 3 p99, Q°2

 

            6-2-2 : La lutte des classes dans la société capitaliste

 

=>                    L'importance de la conscience de classe : 4 p99, Q° 1, 2 

                        +  5 p99 Q°1, 2

 

            6-2-3 : La lutte des classes, moteur de l'histoire

 

=>                    Le matérialisme historique : 1 p98 Q°1, 2  +  6 p100 Q°1

=>                    La société sans classe : le communisme  8 p 100 Q° 1

 

 


6-3 : Actualité et prolongements

 

            6-3-1 : La remise en cause du clivage Travail-Capital

 

                        A) La crise du syndicalisme

 

=>                    10 p101 Q° 1, 2

 

                        B) Les transformations de la « classe ouvrière »

 

=>                    15 p103 Q°1

 

                        C) La moyennisation de la société française

 

=>                    9 p101 Q° 2  +  11 p102 Q°1, 2

 

Le sociologue Henri Mendras montre  qu'au cours des 30 glorieuses, la société française a connu un fort développement des classes moyennes et populaires : développement des employés, tertiarisation, développement de la sécurité sociale, développement des PI et des métiers de l'encadrement. Ces évolutions permettent une mobilité sociale structurelle ascendante, favorisée par le développement de la scolarisation. L'accession à la propriété se développe, favorisée par l'augmentation des niveaux de vie et le développement du crédit (économie d'endettement).

Dans ce contexte, la thèse marxiste de l'inéluctabilité de la lutte des classes par une intensification de l'exploitation capitaliste est remise en cause : le capitalisme ne « prolétiserait » pas la société ; la croissance économique peut profiter à l'ensemble de la population. Les conflits « révolutionnaires » seraient donc en déclin.

 

            6-3-2 : La persistance des conflits

 

                        A) Les conflits du travail existent toujours mais ils se

                        transforment

 

                        B) De nouveaux mouvements sociaux (NMS) apparaissent

 

=>                    12 p102 Q° 1  +  13 p103 Q°1, 2

 

                        C) La fin de la moyennisation ?

 

=>                    16 p104

 

Dans « le retour des classes sociales ? », Louis Chauvel montre que depuis la fin des 30 glorieuses, la moyennisation de la société française est arrêtée, voire renversée : les inégalités de revenus et de patrimoine se creusent, la mobilité sociale ne progresse plus, les classes populaires sont les premières touchées par le chômage, l'insécurité sociale et le durcissement des conditions de vie.

La société française connaît donc de nouvelles polarisations : il faut donc relativiser l'atonie des conflits du travail.

 



Article ajouté le 2007-09-06 , consulté 9 fois

Liens

Voir les articles de la catégorie " TES- Cours de spécialité "

Imprimer cet article

Retour aux articles