SPE5 : Egalisation des conditions et démocratie (A. de Tocqueville)

SPE5 : EGALISATION DES CONDITIONS  ET  DEMOCRATIE

                                                                       Alexis de TOCQUEVILLE

 

 

5-1 : Notions et thèses

 

 

            5-1-1 : Présentation de l'auteur

 

Bien qu'aristocrate de naissance, Tocqueville n'en considère pas moins la démocratie comme un mouvement historique irréversible. Il profite d'un voyage d'étude aux EU pour observer les grandes caractéristiques de ces régimes politiques naissants qui ne se limitent pas, selon lui, à de simples organisations politiques. Dans « De la démocratie en Amérique » (1835), il met en évidence le « fait générateur » des sociétés démocratiques : l'égalisation des conditions, c'est-à-dire un processus social en vertu duquel chacun peut travailler à l'amélioration de sa position sociale. Homme politique, défenseur de la démocratie et des libertés individuelles, élu député en 1839, il se retire de la vie politique après le coup d'état de 1851.

 

5-1-2 : Les caractéristiques des sociétés démocratiques modernes

 

Les démocraties modernes affirment l'égalité juridique des citoyens (état de droit) mais poursuivent de plus un objectif social : l'égalisation des conditions*. Les positions sociales ne sont plus figées comme dans les sociétés aristocratiques à ordres dans lesquelles la naissance déterminait le destin social. Les démocraties modernes admettent la mobilité sociale.

Cette fluidité sociale fait de ces sociétés des organisations égalitaires (et non égalitariste) qui transforment l'ensemble des relations sociales, politiques et économiques. Ainsi, l'égalité devient une valeur centrale : les individus se pensent égaux, refusent les privilèges et recherchent individuellement à améliorer leur situation économique et sociale (individualisme*).

 

5-1-3 : Le rôle de la mobilité sociale dans les sociétés démocratiques

 

C'est la caractéristique sociale fondamentale des démocraties modernes : toutes les positions sociales sont ouvertes et chacun peut accéder à la situation qui correspond à ses désirs et à ses compétences. De ce fait, la société connaît des mouvements d'ascensions, mais aussi de démotions sociales.

Chacun est individuellement amené à construire sa destinée économique et sociale. Ainsi un serviteur peut être lié à son maître dans le seul cadre du contrat de travail qu'il a signé, mais en homme libre, il peut aspirer à devenir lui aussi maître. De plus, le destin social de ses enfants ne sera pas lié à sa situation.

On comprend que ce mouvement incessant d'égalisation des conditions contribue à l'émergence d'une vaste classe moyenne : si elles existent toujours, les populations des très riches et des très pauvres tendent à diminuer au profit des effectifs correspondant aux positions moyennes. Cette domination de la classe moyenne influence la société démocratique toute entière dans ses revendications. Les valeurs de la classe moyenne, majoritaire, tendent à devenir la norme sociale.


 

5-1-4 : Les démocraties en danger

 

Les démocraties modernes présentent plusieurs caractéristiques : revendications égalitaires, individualisme, moyennisation. Tocqueville va montrer que ces tendances poussées à l'extrême vont paradoxalement mettre en danger les sociétés démocratiques.

 

- A) La tension entre la liberté et l'égalité*

 

L'idéal égalitaire est l'une des valeurs centrales des sociétés démocratiques modernes. A mesure que les démocraties se développent, les conditions sociales tendent à s'égaliser. Dans ces conditions, les inégalités sont plus facilement repérables. Elles heurtent l'idéal égalitaire et apparaissent de plus en plus inacceptables. L'idéal égalitaire se transforme en passion pour l'égalité : les individus revendiquent l'égalité par-dessus tout ; ils la veulent dans la liberté, mais ils sont aussi près à l'accepter dans la servitude. Selon Tocqueville, il existe donc une tension entre la liberté et l'égalité dans les démocraties.

 

            -B) Le risque d'un despotisme démocratique*

 

La mobilité sociale est l'une des caractéristiques des démocraties. En permettant aux individus d'évoluer dans la hiérarchie sociale, la démocratie modifie les cadres de la sociabilité qui caractérisaient les sociétés de l'Ancien Régime. Dans ces conditions, les individus ont tendance à limiter leurs relations sociales à leur entourage immédiat et à porter un intérêt exclusif à leurs affaires personnelles. Ce repli sur la sphère privée conduit à un individualisme* qui détourne les individus du sens de la collectivité et des affaires publiques. Cette situation profite à un état centralisé et tout puissant qui étend sa puissance au détriment des libertés individuelles.  Les citoyens acceptent cet empiétement de l'état dans la mesure où celui-là préserve l'égalité. On parle de despotisme démocratique* pour qualifier cette dérive de la démocratie qui affirme l'égalité et préserve l'individualisme, mais au détriment des libertés.

 

            -C) La tyrannie de la majorité*

 

Le second risque encouru par les sociétés démocratiques est lié à la moyennisation de la société. Les positions sociales tendent à s'égaliser, de même que les valeurs. On assiste à la montée d'un conformisme : les valeurs de la « classe moyenne » deviennent la norme ; la majorité impose sa loi, au détriment des singularités minoritaires. La tyrannie de la majorité désigne donc cette capacité de la majorité à imposer ses idées et ses pratiques à l'ensemble de la société, au détriment de l'autonomie individuelle. C'est une autre dérive possible de la démocratie.

 

            -D) Les remèdes aux dérives de la démocratie

 

Pour Tocqueville, la société américaine du 19ème siècle apparaît emblématique des démocraties modernes. Contrairement à la démocratie française qui peine à s'établir, la société démocratique américaine est suffisamment stable pour apparaître exemplaire. Dès lors, on peut repérer les caractéristiques qui ont favorisé cette stabilité. Si la démocratie américaine a réussi à éviter les écueils du despotisme, de la tyrannie de la majorité et de l'individualisme, c'est parce qu'elle a su créer des contre-pouvoirs efficaces :

-          L'existence d'associations nombreuses a permis la création d'échelons intermédiaires entre le pouvoir politique et les citoyens. Organisées et mobilisées, elles permettent de faire entendre des revendications citoyennes, sociales ou culturelles que la majorité aurait pu négliger.

-          L'existence d'institutions politiques intermédiaires ou indépendantes du pouvoir politique permet de déléguer la prise de décision pour la rapprocher des citoyens. Ainsi, l'organisation politique décentralisée (fédéralisme) permet de décloisonner la décision.

-          L'influence de la religion et des mœurs qui préservent les libertés et la vigilance citoyenne.

 

 

5-2 : Textes d'auteur

 

 

            5-2-1 : Une définition sociale de la démocratie

 

=>        1 p82 Q°1

 

            5-2-2 : Démocratie et mobilité sociale

 

=>        2 p82 Q°1, 2, 3 

 

            5-2-3 : La tension entre l'égalité et la liberté

 

=>        6 p84 Q°1, 2, 3, relevez le dernier § du texte

 

            5-2-4 : L'individualisme démocratique

 

=>        4 p83 Q°1, 2, 3  +  5 p84 Q° 1, 2

 

            5-2-5 : La tyrannie de la majorité

 

=>        8 p85 Q°1, 3, donnez d'autres exemples de « tyrannie de la majorité ».

 

  

 

5-3 : Actualité et prolongements  

 

 

Dans cette section, à partir des analyses de Tocqueville, nous réfléchirons à certaines évolutions récentes de la démocratie française. Quatre thèmes seront abordés :

-          Assiste-t-on en France à une montée de l'individualisme ?

-          Que signifie la montée de l'abstentionnisme ?

-          Assiste-t-on à une crise de la représentativité ?

-          Le développement des sondages menace-t-il le fonctionnement des démocraties ?

 

5-3-1 : L'individualisme menace-t-il les démocraties ?

 

Pour Tocqueville, l'égalisation des conditions peut conduire à un repli des individus sur leur sphère privée (cf. 5-1-4, B). Cette évolution peut rompre le lien social et l'intérêt pour les affaires publiques, au profit d'un état qui étendrait ses prérogatives. Tocqueville estime que cette évolution peut conduire à un despotisme démocratique dans lequel les libertés individuelles sont érodées.

Certains sociologues s'interrogent sur le sens et la portée de l'individualisme dans notre société. Il semble qu'on assiste, en effet, à une individualisation des mœurs et pratiques : individualisation des parcours professionnels, recul du sentiment d'appartenir à une classe sociale donnée, développement des loisirs privés au détriment des pratiques sociales, renforcement des relations familiales, développement de la société marchande, désocialisation politique.

 

=>        Illustrez chacune de ces évolutions par un exemple contemporain.

 

  

5-3-2 : La montée de l'abstentionnisme

 

=>        9 p86 + 12 p87 Q°2 + 10 p86 Q° 1, 2, 3

=>        Analysez le phénomène de l'abstentionnisme en France

           (constat, causes, conséquences).

 

 

            5-3-3 : Une crise de la représentativité

 

=>        16 p89 Q° 1, 2, 3  +  17 p90 Q°3  +  18 p90 Q°3

 

            5-3-4 : Opinion publique et sondage

 

Dans une démocratie, l'opinion joue un rôle central car c'est théoriquement elle qui oriente les décisions politiques. La mesure presque quotidienne de l'opinion par les sondages est l'une des données des démocraties modernes, aussi appelées « gouvernement d'opinion ».

Ce rôle croissant des sondages pose problème car ils contribuent à influencer voire à modifier le fonctionnement de la démocratie.

La mesure de l'opinion par les sondages pose des problèmes méthodologiques :

 

=>        13 p88 Q° 1, 2

 

            Les sondages peuvent influencer le vote :

=>        15 p88 Q° 1, 2, 3

            A quelle dérive de la démocratie selon Tocqueville correspond l'effet 

            négatif possible des sondages ?

 

 

 



Article ajouté le 2007-09-06 , consulté 6 fois

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