SPE4 : Sous-emploi et demande (JM Keynes)
SPE4 : SOUS-EMPLOI ET DEMANDE
à John Maynard KEYNES
4-1 : Notions et thèses
4-1-1 : Présentation de l'auteur
JMK est un économiste britannique, né en 1883. Théoricien, il a également participé de manière active à la vie politique et internationale de son pays : il conteste les réparations réclamées à l'Allemagne au lendemain de la Première Guerre Mondiale ; il contribue à la création d'un système monétaire international au lendemain de la Deuxième Guerre Mondiale (Bretton woods, 1946).
Son œuvre économique apparaît novatrice sur deux aspects capitaux :
- sa démarche est macroéconomique : il ne raisonne pas au niveau des agents économiques pris individuellement, mais au niveau global de l'économie. Il fonde ainsi une approche qui influencera la méthode de la comptabilité nationale ;
- sa démarche est interventionniste : Il ne pense pas que le marché du travail s'autorégule. Pour que l'économie retrouve le plein emploi, il faut une intervention extérieure au marché qui stimule la production, donc l'emploi.
Sur ces deux points, JMK s'oppose à l'école néoclassique (individualisme, autorégulation des marchés) et classique qui dominaient le champ de la pensée depuis la révolution industrielle. La crise de 1929 amène un bouleversement des politiques économiques qui s'orientent désormais vers des mesures interventionnistes (ex : « New deal » de Roosevelt). Ce changement semble s'inspirer des préconisations de Keynes et font du keynésianisme le courant dominant de l'économie pendant les 30 glorieuses.
Son œuvre maîtresse est la « théorie générale de l'emploi, de l'intérêt et de la monnaie » (1936).
4-1-2 : Pour les néoclassiques, le chômage est volontaire
Pour les auteurs « classiques » (appellation de Keynes pour les économistes classiques et néoclassiques), le travail est une marchandise comme les autres. De ce fait, il existe un marché du travail qui confronte les offres de travail (=demandes d'emplois) et les demandes de travail (=offres d'emplois) et qui trouve de manière autonome (autorégulation) un prix d'équilibre tel que les offres égalent les demandes.
L'offre de travail provient des travailleurs qui comparent l'utilité tirée du loisir à l'utilité apportée par le salaire. Plus le salaire est élevé, plus il compense la perte de loisir et la peine qu'engendre le travail (désutilité du travail). L'offre de travail est donc une fonction croissante du prix.
La demande de travail provient des entreprises qui comparent l'utilité tirée de l'emploi d'un travailleur (productivité marginale) à son coût (le salaire). Plus le salaire est élevé, plus l'intérêt d'embaucher un travailleur est faible. La demande de travail est donc une fonction décroissante du prix.
Lorsque le marché fonctionne sans entrave, il est possible de déterminer un salaire d'équilibre qui permet d'égaliser l'O et la D de T : tous ceux qui souhaitent être embauchés au salaire d'équilibre peuvent l'être. L'économie connaît le plein emploi.
Dans cette conception du marché du travail, le chômage ne peut être que frictionnel (temps d'adaptation de l'O et de la D) ou volontaire (les « chômeurs » sont des travailleurs qui refusent de travailler au prix d'équilibre ; ils « sortent » du marché du travail).
Cette approche sera notamment défendue par Arthur Cécile Pigou, le professeur d'économie de Keynes.
4-1-3 : Pour Keynes, le chômage peut être involontaire*
Dans le cadre de la crise de 1929, Keynes assiste aux manifestations des chômeurs aux EU : ils réclament des emplois, même à bas salaire que le système économique n'est pas en mesure de leur fournir. Cette situation contredit les positions néoclassiques : selon eux, la baisse des salaires aurait dû permettre de retrouver le plein emploi. Réfutant la conception du chômage volontaire, Keynes va montrer que le chômage peut être involontaire.
Pour lui, les déterminants de l'O et de la D de travail sont de nature différente. L'offre de travail dépend de données démographiques (accroissement naturel, solde migratoire) et sociologiques (répartition par âge de la population, âge légal de la scolarité, âge légal des départs à la retraite). La demande de travail dépend de données macroéconomiques comme le niveau global de la demande adressée aux entreprises. A priori, il n'y aucune raison pour que l'O et la D de travail évoluent de concert et s'égalisent.
De plus, le salaire n'est pas un prix comme les autres, mais résulte plutôt de compromis historiques et sociaux.
De ce fait, il peut exister un équilibre de sous–emploi*, cad une situation de l'économie caractérisée par un équilibre sur les marchés des capitaux et des biens et services (cf. équilibre général néoclassique) qui coexiste par un déséquilibre durable sur le marché du travail. Le marché du travail ne s'autorégule pas ; le chômage peut être involontaire.
4-1-4 : Le principe de la demande effective*
Contrairement à la « loi des débouchés » de JB Say (cf. 4-2), ce n'est pas l'O
qui crée la D.
Pour Keynes, c'est la demande qui crée l'offre, et plus précisément la demande effective* qui englobe la consommation et l'investissement.
Le niveau de la consommation résulte du revenu distribué et de la propension à consommer (=part du revenu qui est consommé).
L'investissement dépend du taux d'intérêt et de la rentabilité économique attendu de l'investissement (« efficacité marginale du capital »). Plus les taux d'intérêt sont bas et plus l'investissement est facilement rentabilisé.
Ces deux déterminants de la demande effective vont permettre aux entrepreneurs d'anticiper la demande future. Si ces deux déterminants évoluent de manière favorable (hausse de la consommation, baisse des taux d'intérêt), alors les entreprises anticipent une hausse de la demande et décident d'embaucher.
On comprend comment le niveau des salaires contribue au niveau de la consommation, donc au niveau de la demande effective, donc au niveau de l'emploi. Le salaire contribue au niveau de l'emploi, contrairement aux conclusions néoclassiques.
Pour ces derniers, la baisse des salaires devait permettre le retour au plein emploi, notamment celle des salaires réels.
On assiste avec Keynes à un retournement du fonctionnement de l'économie : le niveau de la demande détermine la santé de l'économie. Pour soutenir la demande, il faut intervenir sur ses déterminants.
=> Schéma 4 p67
4-1-5 : L'Etat intervient sur la demande effective.
Pour que l'économie sorte de l'équilibre de sous-emploi, il faut que l'état soutienne la demande effective. Le plein emploi n'est pas le résultat d'une autorégulation marchande mais d'une politique globale qui modifie les données macroéconomiques.
Keynes met l'accent sur la politique monétaire : il faut baisser les taux d'intérêt (politique monétaire expansive) pour encourager l'endettement à des fins de consommation et d'investissement.
La politique budgétaire est expansive : l'Etat investit directement pour augmenter la demande adressée aux entreprises. Keynes montre que l'investissement public provoque un effet multiplicateur sur la croissance et l'emploi.
Keynes préconise une politique de revenu ambitieuse, notamment par une hausse des revenus sociaux à destination des ménages les plus modestes (ceux qui ont la propension à consommer la plus importante).
Ces politiques coordonnées doivent rendre positives les anticipations des entrepreneurs qui parient sur une hausse de la demande effective, ce qui permet la création d'emplois.
Fort de ses succès sur les crises de 1929, le keynésianisme va devenir la référence des politiques économiques de l'après guerre. Elles vont permettre la stimulation des économies qui vont connaître le cercle vertueux des 30 glorieuses.
4-2 : Textes d'auteurs
4-2-1 : La « loi des débouchés » de JB SAY
=> 2 p66 Q° 1, 2
4-2-2 : Le chômage classique
=> 3 p67 Q°1, Définir "chômage volontaire",
Quels seraient les arguments des libéraux pour expliquer le chômage
actuel en France ?
Rependre le schéma
4-2-3 : Le chômage peut être involontaire pour Keynes
=> 6 p69 Q°1, 2 (schéma)
4-2-4 : L'équilibre de sous-emploi
=> 5 p68 Q°1,
Le plein-emploi remet-il une situation "normale" de l'économie ?
4-2-5 : la nécessité d'une politique de relance
=> 4 p 68 Définir "demande effective", quels en sont les déterminants ?, Q°2
7 p69 § 3 Q° 2 + 8 p70 lire
4-3 : Actualité et prolongements
contemporaines du chômage. Nous verrons que le débat néoclassiques /
Keynésiens est toujours d'actualité, comme en témoigne la persistance des
débats sur le coût et les rigidités du travail, sur les effets de la demande sur
l'offre d'emplois.
4-3-1 : Le renouveau libéral de la théorie du chômage volontaire
La crise de 1974 sonne le glas des politiques keynésiennes confrontées à une situation de chômage et d'inflation (stagflation). Dans ce contexte, les déficits publics se creusent (contrainte budgétaire) car les interventions publiques ne peuvent plus être financées dans un contexte de ralentissement économique qui freine les recettes fiscales. De plus, les raisonnements keynésiens se sont construits dans un cadre d'économie fermée, désormais dépassé par la mondialisation (contrainte extérieure).
C'est le « tournant libéral » : au début des années 80, les politiques choisissent de mettre en place un désengagement de l'état au profit des régulations marchandes (privatisations, défiscalisation, dérégulation, désintermédiation financière).
Repoussant les préceptes keynésiens, la Nouvelle Ecole Classique (NEC) reformule les explications néoclassiques du chômage :
-A) Le chômage résulte d'interventions extérieures qui déséquilibrent le marché du travail. Ainsi le code du travail en imposant des rigidités sociales et économiques nuit à l'embauche. Ainsi, dans un contexte de mondialisation, les entreprises doivent pouvoir adapter les quantités de travail utilisées en fonction de la demande cad embaucher et débaucher facilement et à moindre coût (flexibilité). De plus, l'existence de salaire minimum nuit à l'emploi des travailleurs peu qualifiés, mis en concurrence avec les travailleurs des pays à bas salaire. Enfin, l'existence de charges sociales alourdit le coût du travail et décourage la demande de travail.
-B) L'existence d'aides sociales et d'indemnités chômage, financées par les prélèvements obligatoires, contribue au chômage volontaire : « Bénéficiant » d'une aide sociale, certains chômeurs diffèrent leur retour à l'emploi ; le processus est comparable pour ceux qui, « assistés » par les minima sociaux, choisissent l'inactivité. On parle de « trappes à chômage » ou « trappes à pauvreté ».
-C) Il existe un chômage volontaire de prospection : certains chômeurs restent au chômage car ils déterminent leur décision du retour à l'emploi en fonction des informations dont ils disposent (Théorie du « job search »).
4-3-2 : Le développement de la microéconomie keynésienne
Pour répondre à ces critiques d'inspiration libérale, les néo-keynésiens de la Nouvelle Ecole Keynésienne (NEK) tentent de montrer l'erreur de l'analyse néoclassique au niveau microéconomique. Pour cette dernière, le salaire du travailleur se fixait au niveau de sa productivité. Les néo-keynésiens montrent qu'en réalité, le salaire des salariés ne se fixe pas de cette manière :
-A) Le salaire s'inscrit dans le cadre d'un statut social, construit dans un contexte économique et social (conventions collectives, salarisation, mensualisation, …). Il n'est donc pas le résultat d'une négociation au jour le jour en fonction des performances productives du travailleur.
-B) La théorie des « contrats implicites » défend la même idée : au-delà du salaire, le contrat de travail comporte une relation sociale entre l'employeur et l'employé. Ce dernier peut accepter un salaire inférieur à sa productivité si l'entreprise compense ce moindre salaire par d'autres avantages et notamment la sécurité de l'emploi. Ainsi, l'entreprise peut différencier ses collaborateurs selon la nature du contrat de travail (« insiders / outsiders »).
-C) La théorie du « salaire d'efficience » montre que l'entreprise peut avoir intérêt à « surpayer » ses salariés de façon à les motiver ; elle y gagne en fidélité et en productivité. On comprend qu'une hausse des salaires peut contribuer à la croissance, contrairement aux affirmations libérales.
4-3-3 : Une synthèse : la théorie du déséquilibre
=> 14 p73 Q° 1, 2
=> 16 p 74 Q°3 + 17 p 74 Q°1, 2
=> 17 p74 La flexibilité, une solution ?
Edmond Malinvaud montre que la nature du chômage n'est pas forcément uniforme : chômage keynésien et classique peuvent alterner voire coexister, ce qui demande d'affiner les politiques économiques selon les situations.
