SPE1 : La rationalisation des activités sociales

SPE1 : La rationalisation des activités sociales

MAX WEBER

 

1-1 : Notions et Thèses

 

1-1-1 : Présentation de l'auteur

 

Max Weber est un sociologue allemand  de la fin du 19ème et du début du 20ème  siècle.

 

Max Weber va fonder la sociologie allemande en distinguant les sciences de la nature et les sciences sociales : selon lui, les comportements humains échappent aux méthodes des « sciences dures » car les actions sociales s'expliquent par les motivations des individus et ne peuvent pas connaître les conditions d'expérimentation des sciences de la nature.

 

Ce choix épistémologique fonde l'individualisme méthodologique : pour expliquer les actions sociales des individus, il faut en connaître les motivations individuelles. Les actions sociales résultent donc de l'agrégation et des interactions des comportements individuels.

 

Pour expliciter l'impact des motivations individuelles sur les actions sociales, Weber utilise des constructions intellectuelles qui synthétisent les relations établies : l'idéal-type permet ainsi de créer un « personnage », un « caractère » (le capitaliste, le bureaucrate, l'entrepreneur, …) qui résume et explicite les grands tendances mises à jour.

 

Cette démarche s'oppose à la sociologie holiste telle qu'elle se développe au même moment en France sous l'impulsion d'Emile Durkheim.

 

 

1-1-2 : Rationalité et désenchantement

 

Les actions sociales* sont des actions qui prennent un sens dans la société, c'est-à-dire qu'elles sont tournées vers autrui.

 

Max Weber s'interroge sur les motivations individuelles qui déclenchent l'action sociale. Il distingue 2 grands types de comportement :

 

-          Les actions irrationnelles sont des actions qui ne s'appuient pas sur des motivations fondées en raison. Weber classe dans ce type d'actions, les actions affectives qui sont des actions instinctives, et les actions traditionnelles, résultats de la coutume ou de l'habitude.

 

-           Les actions rationnelles peuvent être justifiées en raison. Les actions rationnelles en valeur* sont des actions motivées par un système de valeurs et de principes construit et respecté par l'individu qui agit. L'individu respecte ce système sans prendre en compte les conséquences du respect de ces principes. En revanche, les actions rationnelles en finalité* résultent d'un calcul coûts/avantages, établi à partir d'un objectif précis. L'individu fixe une fin précise et établie une stratégie des moyens permettant de réaliser cette fin.

 Pour Max Weber, si les actions traditionnelles structuraient les sociétés de l'Ancien Régime, les sociétés modernes, nées avec l'industrialisation, se caractérisent par l'émergence et le développement des actions rationnelles en finalité : c'est la rationalisation* des activités sociales qui structure le cadre culturelle des sociétés industrielles.

 

Illustrations :

 

Dans le domaine politique, le pouvoir politique ne se réclame plus d'une justification religieuse comme dans le cadre de la monarchie absolue (« droit divin »). La désignation des dirigeants résulte de processus fondés sur la liberté et les choix rationnels La légitimité du pouvoir n'est plus d'ordre traditionnelle, mais légale : la loi fixe les conditions et les modalités du pouvoir politique (« état de droit »).

 

Dans le domaine économique, l'économie néoclassique construit le modèle de « l'homo oeconomicus » : l'homme est considéré comme un être entièrement rationnel qui fait des choix économiques en fonction des contraintes que sont les prix et le revenu.

 

La conséquence de cette rationalisation est le désenchantement du monde*, à savoir la disparition de la magie, du surnaturel comme explication du monde. La science s'impose progressivement au détriment des justifications religieuses pour expliquer le monde.

 

1-1-3 : Capitalisme et protestantisme

 

« L'éthique protestante et l'esprit du capitalisme » (1920) peut être considéré comme une illustration de cette rationalisation. Dans cet ouvrage, Max Weber cherche à établir les causes culturelles de l'apparition du capitalisme au 16ème siècle. Comme les zones d'apparition de cette nouvelle conception économique correspondent aux zones d'extension du protestantisme, Weber cherche à établir un parallèle entre les caractéristiques de ces 2 évolutions pour en montrer les éventuels points communs.

 

=> N'y aurait-il pas dans les fondements moraux du protestantisme, des éléments qui auraient favorisé le développement du capitalisme ?

 

Quelles sont les composantes de l' « éthique protestante » ?

 

Pour les protestants puritains (l'une des formes du protestantisme), il existe un Dieu transcendant qui gouverne le monde : Seul Dieu est le maître du Salut des croyants. Dieu a prédestiné qui doit être sauvé et qui doit être damné. L'homme est sur terre pour travailler au développement de la Création divine : l'homme est l'« intendant » de Dieu sur terre. L'homme ne doit avoir que cette fonction sur terre : le travail est la finalité humaine et non le loisir ou l'oisiveté. Les fruits du travail sont considérés comme un signe divin de l'Election.

 

Quelles sont les composantes du capitalisme naissant ?

 

Le capitalisme est une nouvelle conception de l'organisation économique : le capitaliste cherche à augmenter son profit. Sa démarche devient rationnelle : il tente de contrôler les différentes étapes de la production, du choix des matières premières à la recherche des débouchés. De plus, les bénéfices sont réinvestis pour favoriser le développement de l'entreprise.

 

 

On peut ainsi établir une relation entre l'éthique protestante et le nouvel esprit capitaliste : la recherche du profit, l'exigence d'épargne et la rationalisation des activités économiques peuvent être mises en relation avec les valeurs du puritanisme protestant. Le protestantisme aurait donc contribué au développement du capitalisme.

 

Attention, cette relation n'est pas une simple relation de cause à effet ; Weber établit un simple parallèle. Il n'affirme jamais que le protestantisme a créé le capitalisme.

 

1-1-4 : La bureaucratie

 

L'émergence de la bureaucratie moderne est une autre conséquence ou illustration de la rationalisation. Dans la société de l'Ancien Régime, les charges administratives et économiques étaient vendues par le roi et, en général, achetées par les nobles, sans aucune exigence de compétences propres aux charges vendues. Dans ce contexte, l'administration ne s'organise pas pour être efficace, ni compétente.

 

Les organisations bureaucratiques (fonction publique et grandes structures économiques) s'inscrivent dans la légalisation moderne de la légitimité du pouvoir. La loi précise les modalités d'exercice et les compétences de ces nouvelles organisations caractérisées par :

 

-          Il existe une division du travail qui spécialise et hiérarchise les différents postes et secteurs de travail de l'organisation ;

-          Chaque fonction est occupée par une personne recrutée sur la base de ses compétences ;

-          Les fonctions sont explicitement définies dans le cadre de domaines de compétences stricts ;

-          La rétribution des « fonctionnaires » est explicitement définie (promotion, avancement, ancienneté, …)

 

Ces organisations sont rationnelles : elles cherchent à mettre en place la

meilleure synergie des compétences pour réaliser ses objectifs de la

manière la plus efficace possible. 

 

 

 

1-2 : Textes d'auteur

 

 

 1-2-1 : Les 3 formes de la légitimité du pouvoir

 

=>        6 p21 Q°1, 2, 3 relevez les 3 formes de la domination légitime

 

1-2-2 : Le désenchantement du monde

 

=>        2 p18 Q° 2, 3

 

1-2-3 : Protestantisme et capitalisme

 

=>       3 p 19  Q° 2, 3 +  4 p20 Q°1, 2 

 

1-2-4 : Un exemple de rationalisation : la bureaucratie

 

=>        7 p21 Q°1, 2, 3

 

 

 

 

1-3 : Actualité et prolongements

 

 

1-3-1 : La rationalité est limitée  Herbert Simon

 

=>        8 p22 Q° 1, 2, 3  +  9 p22  Q°1

 

 

Si la rationalisation est une donnée incontestable des sociétés modernes, cela ne signifie pas pour autant que l'ensemble des comportements des hommes modernes soit entièrement rationnel.

D'une part, il existe encore de nos jours des comportements qui contiennent une part voire sont entièrement irrationnels dans nos sociétés.

D'autre part, le sociologue américain Herbert Simon montre qu'aucune de nos décisions relève d'un choix strictement rationnel : les acteurs ne disposent que d'une information incomplète et d'un temps d'action réduit, en vertu desquels ils choisissent « faute de mieux ». La rationalité est limitée et leurs actions ne peuvent prétendre à être totalement optimales.

 

1-3-2 : Les cercles vicieux de la bureaucratie Michel Crozier

 

=>        14 p26 Q° 1, 2, 3

 

Le sociologue Michel Crozier nuance le modèle de la rationalité bureaucratique de Max Weber. Si la bureaucratie constitue une incontestable avancée pour le respect des droits du citoyen, ce mode d'organisation comporte néanmoins de sérieuses limites.

Le cadre général de l'organisation bureaucratique confère aux différents échelons des pouvoirs d'intervention liés aux domaines de compétence délimités par la hiérarchie. Dans ces domaines, les agents jouissent d'une relative autonomie de décision. Ils sont amenés à faire des choix conformes à leurs intérêts, mais qui peuvent être source de déséquilibre pour l'ensemble de l'organisation (rationalité limitée).

Comme les fonctions bureaucratiques sont complémentaires, les agents peuvent freiner ou influencer l'organisation générale en adoptant des stratégies particulières dans le cadre de leur domaine d'intervention. Dès lors, l'organisation bureaucratique peut connaître des dysfonctionnements qui la rendent imprévisibles, voire difficiles à optimiser.

 

1-3-3 : Rationalité et mobilisations collectives

 

Quelles sont les motivations des individus quand ils choisissent de se mobiliser collectivement ?

 

=>        La stratégie rationnelle du « passager clandestin » 11 p24 Q°1, 3



Article ajouté le 2007-08-27 , consulté 37 fois

Liens

Voir les articles de la catégorie " TES- Cours de spécialité "

Imprimer cet article

Retour aux articles