« Faut-il toujours plus de croissance ? » (correction du sujet p50)
« Faut-il toujours plus de croissance ? »
Correction du Sujet p50
Accroche : La Chine est un modèle de réussite économique. En moins de 15 ans, le PIB chinois a rattrapé celui des pays les plus riches de la planète. En mobilisant une main d’œuvre « docile », plus bien formée et bon marché, les autorités chinoises ont choisi un modèle où la croissance la plus forte possible doit entraîner le pays dans l’ère de la modernité. Cependant, on le sait, ce modèle est loin d’être sans faille. Cette croissance à marche forcée se déploie sous fond de creusement des inégalités entre la côte industrialisée et l’intérieur agricole et au prix d’une pollution conséquente. Aussi, si la croissance semble être une condition nécessaire au développement d’une société, elle n’en est pas la condition suffisante. Trop de croissance peut en effet nuire au développement.
I - Oui, la croissance est un facteur du bien-être des sociétés
A) Définitions : PIB*, croissance* (0-1-1 + 0-1-1, A)
B) La croissance augmente le niveau de vie* et transforme les modes de vie* (0-1-1, B)
=> Le niveau de la croissance est un facteur capital pour les progrès économiques d'une société. Si la croissance est forte, cela tend à augmenter la richesse qui circule dans la société. Cette évolution soutient la consommation donc la production et l'emploi. Par exemple, pendant les 30 glorieuses, l'augmentation du niveau de vie a été le catalyseur de la "régulation fordiste". Le document 4 illustre cette tendance : les hauts niveaux des taux d'équipement des ménages français témoignent du haut niveau du niveau de vie de la population française (=> société de consommation)
C) La croissance peut entraîner le développement* (0-1-2, C)
Quand la croissance se traduit socialement, elle peut entraîner la transformation des structures sociales, démographiques et politiques. Il faut une intervention politique pour traduire la croissance en institutions qui permettent d'en répartir équitablement les fruits : redistribution, services publics, protection sociale, système éducatif, ... Dans le document 1, l'auteur souligne à quel point la croissance est devenu le leitmotiv des politiques économiques des PDEM. La croissance est la pierre angulaire des programmes politiques car elle permet la baisse du chômage et le financement des dépenses de l'état. Le document 3 présente la croissance comme une condition nécessaire pour vaincre la pauvreté au niveau international. La mondialisation est souvent présentée comme une opportunité pour les PED de pouvoir prendre le « train » de la croissance.
II - Mais, la croissance peut être source de déséquilibres
A) La croissance peut être source de déséquilibres politiques
Mal redistribués, les fruits de la croissance peuvent contribuer à agrandir les écarts de fortunes et de conditions. Or « l’égalité des conditions » est l’une des caractéristiques des sociétés démocratiques selon Tocqueville. Dans ces conditions, une croissance « déséquilibrée » remet en cause le « pacte social » accentuant les frustrations sociales. Cette rupture du consensus d’une croissance qui profite à tous aboutit à une radicalisation des revendications sociales qui peut s’exprimer par des mouvements sociaux à visées révolutionnaires, des votes extrêmes ou un recul de la participation politique. On constate ainsi que les populations précaires sont celles qui sont les plus abstentionnistes. La pauvreté, l’exclusion ou la précarité sociale sont ainsi des facteurs d’instabilités politiques, surtout dans un contexte où par ailleurs d’autres catégories sociales prospèrent.
B) La croissance peut créer des déséquilibres sociaux (0-1-1 C + 0-1-2 C)
Si la croissance est un facteur de développement, cette relation n'est pas systématique. Il faut créer les conditions pour la "transformation" de la croissance en développement. Or, il existe des nations qui connaissent une forte croissance sans pour autant que ses effets profitent à l'ensemble de la population. C'est le cas des pays qui connaissent les limites de la rente pétrolière (Barhein). Le document 3 montre que les inégalités tendent à se développer entre les nations, mais également dans les nations quelque soit leur niveau de développement. Le document 6 présente le paradoxe américain, nation la plus riche du monde mais animée de déséquilibres sociaux profonds.
C) La croissance peut créer des déséquilibres écologiques (0-1-2, D)
Une croissance sans frein épuise les ressources naturelles, quelque soit le modèle idéologique choisi : la Mer d’Aral a subi l’impact d’une conception « productiviste » de la richesse dans un cadre pourtant non libéral. L'activité humaine s'est construite de manière intensive depuis la révolution industrielle : la recherche de la plus forte croissance possible s'est développée dans un cadre dans lequel les soucis écologiques étaient absents. Cependant, les constats d'une détérioration des conditions climatiques et biologiques se sont multipliés depuis une vingtaine d'années : pollution des mers, intoxications chimiques, effet de serre, risques nucléaires, fonte des glaces, réchauffement de la planète, ... Les émissions de CO2 des nations sont proportionnelles à leur développement économique : 19,7 tonnes / hab. pour les EU, 9 tonnes pour l'UE (Document 2). Dans ces conditions, une prise de conscience internationale s'avère nécessaire. L'opinion publique internationale se montre de plus en plus sensible aux préoccupations écologiques et presse les gouvernements d'agir. Les accords de Montréal et de Kyoto sont des premières tentatives de coordonner les actions préconisant de nouvelles régulations économiques et sociales susceptibles d'économiser les ressources et/ou de changer les pratiques productives (développement durable*). Le document 5 insiste sur cette idée : " il s'agit d'infléchir nos comportements, de favoriser l'émergence de nouvelles techniques et de nouveaux modes de consommation (...) C'est aux pouvoirs publiques de prendre les initiatives (...)."
Ouverture : La croissance ne peut donc être le seul horizon des sociétés. La production de richesse peut construire un développement équilibré mais à certaine condition qui dépasse le simple cadre économique. L’éducation, la redistribution, le respect de l’environnement sont des valeurs qui s’imposent de plus en plus de manière universelle. Aussi, on peut s’attendre à une accentuation des projets internationaux de coopérations et d’entraides qui ne limitent pas à la stricte sphère économique. Hélas, l’échec relatif du protocole de Kyoto montre que si l’idée d’une « gouvernance » mondiale fait son chemin, elle est loin d’être acquise dans les faits. (cf. CH8)
Voir aussi :
http://fbses.webou.net/spip.php?article404
