PO1 : Pouvoir et légitimité
1ère partie : Décrire le fait politique
PO1 : Pouvoir et légitimité
Max Weber
1-1: Notions et thèses
1-1-1 : Qu'est-ce que le pouvoir ?
=> 1 p21 étude du texte
Le pouvoir* est souvent considéré comme une relation entre des acteurs sociaux (des individus, des groupes sociaux ou classes sociales). Comme le disait Max Weber, la relation de pouvoir s'observe quand un individu accomplit (ou s'abstient d'accomplir) conformément à la volonté d'un autre individu, une action qu'il n'aurait pas accomplie (ou aurait accomplie) spontanément.
La notion de pouvoir décrit donc une situation inégale, cependant cette relation n'est pas forcément unilatérale.
La notion de pouvoir implique une certaine contrainte et les moyens de coercition participe de l'expression du pouvoir.
La notion de pouvoir est une notion relative : c'est une construction sociale ou culturelle et non naturelle. Les formes de son expression sont donc ethnologiquement multiples.
=> 2 p23 Q° 5, 6
Le pouvoir politique* est un type de pouvoir qu'une personne ou un groupe de personne exerce dans une société. Le POUVOIR POLITIQUE est une des formes du pouvoir : il fixe les processus et les institutions qui permettent de désigner les gouvernants et les relations qui les lient aux gouvernés.
Il existe de nombreuses façons d'exercer un tel pouvoir, la plus évidente étant celle du chef politique officiel d'un État, tel qu'un président, un premier ministre, un roi ou un empereur. Les pouvoirs politiques ne sont pas limités aux chefs d'État ou aux dirigeants, et l'étendue d'un pouvoir se mesure à l'influence sociale que la personne ou le groupe peut avoir, influence pouvant être exercée et utilisée officiellement ou officieusement.
Dans beaucoup de cas, la sphère de l'influence n'est pas contenue dans un seul État et on parle alors de puissance internationale. Traditionnellement, le pouvoir politique se fonde et se maintient au moyen de la puissance militaire, en accumulant les richesses et en acquérant la connaissance.
1-1-2 : Légitimité et autorité
=> 4 p22 Q°10, 11
La légitimité* est la qualité de ce qui est fondé en droit, en justice, ou en équité (définition du Petit Larousse). Un pouvoir est légitime lorsque ceux qui le subissent reconnaissent la nécessité de son exercice.
La légitimité repose sur une autorité* qui est fondée sur des bases juridiques ou sur des bases éthiques ou morales, et permet de recevoir le consentement des membres d'un groupe. L'autorité est la capacité d'obtenir le consentement sans recourir à la contrainte.
Selon Max Weber, l'autorité d'un individu sur un autre reposerait sur sa légitimité. Il met en évidence les différentes sources de la légitimité, celles-ci correspondant au caractère d'une autorité qui est acceptée et reconnue par les gouvernés. Il distingue trois types de légitimité :
- La légitimité charismatique est fondée sur la reconnaissance par la société du caractère exceptionnel du chef qui lui permet de se distinguer des autres individus de la société.
- La légitimité traditionnelle repose sur le caractère obligatoire de la règle coutumière (selon les coutumes, les traditions). Dans la société féodale on obéit par tradition au roi, au seigneur, au chef de tribu. La volonté du changement est difficile car elle rencontre de l'opposition. Les limites de ce type de pouvoir sont définies par la coutume elle-même. Lorsque la coutume n'a pas fixé de limites, le chef possède le pouvoir absolu, soumis à ses limites.
- La légitimité légale se fonde sur la compétence et la validité du statut. On l'appelle également légitimité rationnelle ; la légitimité s'appuie sur des lois et des règles impersonnelles. Elle organise le fonctionnement du pouvoir politique. Cela conduit à une domination de l'état et celle de l'organisation bureaucratique.
Nous pouvons observer que ces trois types de légitimité peuvent se combiner et évoluer d'un type à l'autre. Les monarchies européennes par exemple sont passées de la légitimité du pouvoir traditionnel (pouvoir du roi) à la légitimité du pouvoir légal. Dans la société démocratique les gouvernements fondés sur la légitimité du pouvoir légal laissent une forte place à la légitimité du pouvoir charismatique du président ou du premier ministre (par exemple) en grande partie grâce à l'intervention des médias dans le domaine politique.
1-1-3 : Le pouvoir dans les sociétés modernes selon Max Weber
Max Weber est un sociologue allemand de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle.
Max Weber s'interroge sur les motivations individuelles qui déclenchent l'action sociale. Les actions sociales sont des actions qui prennent un sens dans la société, c'est-à-dire qu'elles sont tournées vers autrui.
A) La rationalisation des activités sociales
Max Weber distingue 2 grands types de comportement :
- Les actions irrationnelles sont des actions qui ne s'appuient pas sur des motivations fondées en raison. Weber classe dans ce type d'actions, les actions affectives qui sont des actions instinctives, et les actions traditionnelles, résultats de la coutume ou de l'habitude.
- Les actions rationnelles peuvent être justifiées en raison. Les actions rationnelles en valeur* sont des actions motivées par un système de valeurs et de principes construit et respecté par l'individu qui agit. L'individu respecte ce système sans prendre en compte les conséquences du respect de ces principes. En revanche, les actions rationnelles en finalité* résultent d'un calcul coûts/avantages, établi à partir d'un objectif précis. L'individu fixe une fin précise et établie une stratégie des moyens permettant de réaliser cette fin.
Pour Max Weber, si les actions traditionnelles structuraient les sociétés de l'Ancien Régime, les sociétés modernes, nées avec l'industrialisation, se caractérisent par l'émergence et le développement des actions rationnelles en finalité : c'est la rationalisation* des activités sociales qui structure le cadre culturelle des sociétés industrielles.
B) Illustrations
Dans le domaine politique, le pouvoir politique ne se réclame plus d'une justification religieuse comme dans le cadre de la monarchie absolue (« droit divin »). La désignation des dirigeants résulte de processus fondés sur la liberté et les choix rationnels La légitimité du pouvoir n'est plus d'ordre traditionnelle, mais légale : la loi fixe les conditions et les modalités du pouvoir politique (« état de droit »).
Dans le domaine économique, l'économie néoclassique construit le modèle de « l'homo oeconomicus » : l'homme est considéré comme un être entièrement rationnel qui fait des choix économiques en fonction des contraintes que sont les prix et le revenu.
La conséquence de cette rationalisation est le désenchantement du monde*, à savoir la disparition de la magie, du surnaturel comme explication du monde. La science s'impose progressivement au détriment des justifications religieuses pour expliquer le monde.
C) L'émergence de la bureaucratie
L'émergence de la bureaucratie moderne est une autre conséquence ou illustration de la rationalisation. Dans la société de l'Ancien Régime, les charges administratives et économiques étaient vendues par le roi et, en général, achetées par les nobles, sans aucune exigence de compétences propres aux charges vendues. Dans ce contexte, l'administration ne s'organise pas pour être efficace, ni compétente.
Les organisations bureaucratiques (fonction publique et grandes structures économiques) s'inscrivent dans la légalisation moderne de la légitimité du pouvoir. La loi précise les modalités d'exercice et les compétences de ces nouvelles organisations caractérisées par :
- Il existe une division du travail qui spécialise et hiérarchise les différents postes et secteurs de travail de l'organisation ;
- Chaque fonction est occupée par une personne recrutée sur la base de ses compétences ;
- Les fonctions sont explicitement définies dans le cadre de domaines de compétences stricts ;
- La rémunération des « fonctionnaires » est explicitement définie (promotion, avancement, ancienneté, …).
Ces organisations sont rationnelles : elles cherchent à mettre en place la meilleure synergie des compétences pour réaliser ses objectifs de la manière la plus efficace possible.
1-2 : Textes d'auteur (Max Weber)
1-2-1 : Les formes de l'autorité
=> 6 p23 Q°13
1-2-2 : Le désenchantement du monde
Essayons d'abord de voir clairement ce que signifie cette rationalisation intellectualiste que nous devons à la science et à la technique scientifique. Signifierait-elle par hasard que tout ceux qui sont assis dans cette salle possèdent sur leurs conditions de vie une connaissance supérieure à celle qu'un Indien ou un Hottentot peuvent avoir des leurs ? Cela est peu probable. […]
L'intellectualisation et la rationalisation croissante ne signifient donc nullement une connaissance générale croissante des conditions dans lesquelles nous vivons. Elles signifient bien plutôt que nous savons ou que nous croyons savoir qu'à chaque instant nous pourrions, pourvu seulement que nous le voulions, nous prouver qu'il n'existe aucune puissance mystérieuse et imprévisible qui interfère dans le cours de la vie ; bref que nous pouvons maîtriser toute chose par la prévision. Mais cela revient à désenchanter le monde. Il ne s'agit plus pour nous, comme pour le sauvage qui croit à l'existence de ces puissances de faire appel à des moyens magiques en vue de maîtriser les esprits ou de les implorer mais de recourir à la technique et à la prévision. Telle est la signification essentielle de l'intellectualisation.
Max Weber, Le savant et le politique, 1919
=> Expliquez la phrase soulignée
1-2-3 : Les caractéristiques de la bureaucratie
Le type le plus pur de domination légale est la domination par le moyen de la direction administrative bureaucratique. Seul le chef du groupement occupe la position de détenteur du pouvoir soit en vertu d'une appropriation soit en vertu d'une élection ou d'un successeur désigné. Mais ses attributions de détenteur du pouvoir elles-mêmes constituent des "compétences" légales. La totalité de la direction administrative se compose, dans le type le plus pur. de fonctionnaires individuels (…), lesquels,I ) personnellement libres, n'obéissent qu'aux devoirs objectifs de leur fonction; 2) dans une hiérarchie de la fonction solidement établie; 3) avec des compétences de la fonction solidement établies: 4) en vertu d'un contrat, donc (en principe) sur le fondement d'une sélection ouverte selon : 5) la qualification professionnelle : dans le cas le plus rationnel, ils sont nommés (non élus) selon une qualification professionnelle révélée par l'examen, attestée par le diplôme: 6) sont payés par des appointements fixes en espèces, la plupart donnant droit à la retraite le cas échéant (en particulier dans les entreprises privées) résiliables de la part des patrons, mais toujours résiliables de la part des fonctionnaires ; ces appointements sont avant tout gradués suivant le rang hiérarchique en même temps que suivant les responsabilités assumées, au demeurant suivant le principe de la "conformité au rang " ; 7) traitent leur fonction comme unique ou principale profession ; 8) voient s'ouvrir à eux une carrière, un "avancement" selon l'ancienneté, ou selon les prestations de service, ou encore selon les deux, avancement dépendant du jugement de leurs supérieurs ; 9) travaillent totalement " séparés des moyens d'administration" et sans appropriation de leurs emplois; 10) sont soumis à une discipline stricte et homogène de leur fonction et à un contrôle.
Max Weber, Economie et société, 1922
=> Comment sont recrutés les fonctionnaires français ? En quoi cela constitue-t-il une rupture avec les pratiques de L'Ancien régime ?
=> Illustrez ces caractéristiques avec l'exemple du policier.
1-3 : Actualité et prolongement
1-3-1 : Famille et pouvoir
Assiste-t-on à une crise des relations familiales ?
=> p28-29
1-3-2 : Le capitalisme comme illustration de la rationalisation
Le concept d' « homo oeconomicus »
L'homo Oeconomicus est une notion abstraite par laquelle la science économique néoclassique aborde la question du comportement de l'homme. Elle est principalement fondée sur l'idée de rationalité et d'utilisation optimale des ressources rares pour atteindre un objectif qualifié de fonction d'utilité (…).
La science économique moderne s'est constituée en séparant le comportement de l'homme dans la vie économique de l'approche morale et en considérant que les motivations de l'homme dans ses décisions économiques sont essentiellement de nature hédoniste et utilitariste. Les rapports marchands ne sont généralement pas réglés par l'amour du prochain ; on se souvient d'Adam Smith nous conseillant de ne pas trop miser sur la sympathie qui nous lie au boulanger ou au boucher pour nous nourrir, mais de miser plutôt sur leur intérêt bien compris. Cette approche a été systématisée par les économistes néo-classiques qui ont exclu de leur analyse tout ce qui relève du comportement social collectif, du don, du sens de la justice etc. L'homo oeconomicus est un être "rationnel" : l'homme participe à la vie économique en vue de maximiser son bien-être et gère les ressources dont il dispose dans le seul but de maximiser son utilité globale. C'est par l'intermédiaire de celle-ci que sont prises en compte les influences éventuelles des normes, des conventions sociales ou des traditions.
Extraits de : http://www.melchior.fr/Homo-Oeconomicus.3956.0.html
=> Montrez que le concept d'homo oeconomicus illustre la notion de rationalité
=> Contestez cette conception de l'acteur économique
1-3-3 : La bureaucratie : une organisation efficace ?
Le cercle vicieux de la bureaucratie
En introduisant les rapports de pouvoir au sein de l'organisation bureaucratique, Michel Crozier mine de l'intérieur le modèle wébérien et conclut à l'inefficacité de cette forme d'organisation (…).
Le développement des règles impersonnelles aboutit à la paralysie de l'organisation pour deux raisons : d'une part il réduit la hiérarchie à l'impuissance en la cantonnant au simple contrôle de l'application des règles ; d'autre part, il bride toute initiatives des organes d'exécution et limite ainsi la capacité d'adaptation de l'organisation aux mutations de son environnement. De son côté, le refus de relations de face-à-face a pour conséquence d'éloigner les centres de décision des lieux d'exécution. Finalement, ceux qui décident ne connaissent généralement pas les problèmes qu'ils ont à trancher, tandis que ceux qui les connaissent n'ont pas le pouvoir de décider.
H. Mendras, J. Etienne, Les grands auteurs de la sociologie, 1996
=> Expliquez la phrase soulignée
Sources : Wikipédia
