Ch6 : Notions et problématiques (Sensibilisation)
Ch6 : Notions et problématiques (Sensibilisation)
Doc1
Le 7 juin 1936, les accords de Matignon concrétisent la victoire du mouvement social
JP Pierot, L’humanité, 7 Juin 1996
Extraits de : http://www.humanite.fr/1996-06-07_Articles_-Le-7-juin-1936-les-accords-de-Matignon-concretisent-la-victoire
L ’HISTORIEN Serge Wolikow, professeur à l’université de Bourgogne, publie un ouvrage intitulé « le Front populaire en France » (édité aux éditions Complexe). De la formation du gouvernement Blum, soutenu par les communistes, à la dislocation du rassemblement des partis de gauche. Entretien.
Début juin 1936, alors que les grèves se sont étendues à tout le pays, est formé le gouvernement Blum, et dans la foulée la rencontre de Matignon entre la CGT et le patronat. Léon Blum a annoncé qu’il ne formerait pas le gouvernement avant la fin de la législature précédente. Pendant un mois, l’ancien gouvernement a expédié les affaires courantes. Au début de juin, les grèves ont pris une ampleur considérable (deux millions et demi de grévistes dans une France qui est encore pour moitié rurale). Sans attendre, Léon Blum présente un programme de réformes concrètes et plus avancées que le programme électoral. Le 6 et le 7 juin, se réunissent à l’Hôtel Matignon les dirigeants du patronat et la CGT. Le gouvernement joue le rôle d’arbitre. Des négociations dures qui aboutissent cependant vite à des résultats substantiels. La rencontre est importante dans l’histoire sociale, même si elle répond à un souci d’apaiser et de faire rentrer dans son lit le fleuve social qui déborde (…).
Il s’agit pour la première fois d’une négociation globale nationale. Ces discussions débouchent sur un certain nombre d’accords qui vont servir de cadre aux débats du Parlement. Les mesures les plus importantes sont les hausses de salaires. Si elles se situent en moyenne autour de 15%, il est prévu une revalorisation particulière des très bas salaires, notamment ceux des femmes, des ouvriers les moins qualifiés. D’autre part, les salaires sont définis par des contrats collectifs. Deuxième grande question : la durée du travail. La réduction à 40 heures figurait dans le programme de la CGT, mais pas dans le programme du Front populaire. Elle est imposée par le mouvement social.
Ce qui a le plus frappé les contemporains et le monde ouvrier, c’est sans doute la législation sur les congés payés qui, d’ailleurs, ne représentaient pas une revendication spontanée de la masse des travailleurs en grève. Elle touchait à la dignité, à la transformation des conditions de vie des salariés qui dans leur masse n’avaient pas droit à des vacances payées, alors que d’autres catégories avaient pu l’obtenir dans le passé. Il faut ajouter l’institution de délégués ouvriers qui vont devenir des interlocuteurs du patronat. Les conditions mêmes de l’élection des délégués, ouverte aux femmes et aux ouvriers étrangers, représentent un acquis démocratique et politique considérable (…).
=> Quelle est l’origine des « accords de Matignon » ?
=> Relevez les grandes avancées induites par la signature de ces accords.
=> Expliquez la phrase soulignée
Doc2
Sentiment d’appartenir à une classe sociale et situation par rapport à l’emploi
Selon un sondage mené en 2003 auprès de personnes de plus de 18 ans en France :
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en % |
Actifs ayant un emploi |
Retraités |
Ensemble des adultes |
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A quelle classe avez vous le sentiment d'appartenir ? |
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42 |
36 |
40 | |
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La classe ouvrière |
24 |
24 |
23 |
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La bourgeoisie |
3 |
7 |
4 |
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Classe défavorisée |
7 |
7 |
8 |
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Classe privilégiée |
8 |
5 |
8 |
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Un groupe professionnel |
11 |
11 |
9 |
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2 |
3 |
2 | |
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Autre |
3 |
7 |
6 |
Source, Insee première
Extrait de « Histoire de vie - Construction des identités » 2003, Insee
=> Faîtes l’étude du tableau
Doc3
Encadrer et organiser les conflits
JP Malrieu ; l’institutionnalisation des conflits, 2007
Extraits de : http://jp.malrieu.free.fr/SES702/article.php3?id_article=43
L’institutionnalisation des conflits, qui consiste à donner un cadre (le plus souvent légal), un ensemble de règles aux conflits, a pour objectif permettre aux forces sociales de se confronter, de négocier, et de passer des compromis. On peut ainsi espérer réguler des conflits, éviter la radicalisation (…). Institutionnaliser les conflits revient à institutionnaliser les acteurs (les forces sociales), institutionnaliser les rapports de force, institutionnaliser les sorties de crise au moyen d’accords
Pour institutionnaliser les conflits, il faut d’abord institutionnaliser les forces sociales : fabriquer des représentants légitimes. Syndicats, patronat, serviteurs de l’Etat. Mais la légitimité n’est pas décidée d’en haut. C’est le mouvement ouvrier qui donne force et légitimité aux revendications exprimées par les représentants du monde ouvrier (…).
En pratique, l’institutionnalisation des rapports de force est tout d’abord passée par la légalisation de la grève. En 1910 encore Clemenceau fait tirer la troupe sur des grévistes, faisant de nombreux morts. Il faut attendre les grandes grèves de 1936 (2 millions de personnes) pour voir la grève légalisée dans le préambule des constitutions de 1946 et 1958). En 1968, avec 10 millions de grévistes et des occupations d’usine presque partout, la France connaît la plus grande grève de son histoire. La définition de ses modalités (préavis, sécurité de l’emploi, service minimum dans certains services publics) reste objet de débat. Aujourd’hui, une des formes d’institutionnalisation consiste dans le recours à la médiation.
Historiquement, l’Etat est le moteur de l’institutionnalisation. La grande étape a lieu en 1945, avec l’institutionnalisation des accords sous la forme des conventions collectives. Ce sont des accords par branche, qui fixent les qualifications, la définition des postes de travail et les salaires. Les conventions collectives du secteur privé s’inspirent de celles passées dans le secteur public.
=> Faîtes l’étude du texte
Doc4
Radicalisation des conflits : des actions réfléchies
Dominique Andolfatto, « Radicalisation des conflits : des actions réfléchies »
27 avril 2009, Institut supérieur du travail
Extraits de : http://istravail.com/article432.html
Aujourd’hui, la cascade de plans sociaux et de fermetures d’entreprise nous replonge dans l’ambiance des restructurations industrielles - textile, sidérurgie, mines... - des années 1970. Mais l’heure ne paraît plus aux grandes démonstrations collectives, aux longs mouvements avec occupations d’usine, aux piquets de grève irréductibles. Le recours à la grève semble désormais plus limité, plus circonscrit, plus symbolique. Et, contrairement à certaines idées reçues, les syndicats ne jettent pas de l’huile sur le feu. Ils font montre de beaucoup de prudence. Ils recherchent le dialogue. De leur côté, bien des salariés semblent fatalistes ou préfèrent faire cavalier seul, prêts à la mobilité, prêts à tenter leur chance ailleurs si leur entreprise doit fermer (cela a été notamment perceptible lors du conflit d’Arcelor-Mittal à Gandrange).
Les salariés se montrent également sceptiques face à des syndicats, trop faibles, voire coupés du terrain, enfermés dans un rôle de « fonctionnaire social » ou « idéologique » et souvent divisés concernant les stratégies à mettre en œuvre... C’est dans ce contexte, qui semble caractérisé par la résignation, que se produisent des actions coups de poing, prenant la relève des mobilisations de masse d’autrefois. Ces actions sont d’abord le fait de groupes ou de minorités qui sont résolus à suppléer, voire à s’opposer à des syndicats jugés trop faibles sinon défaillants (on l’a vu notamment chez Caterpillar, à Grenoble, où l’accord de fin de conflit a été rejeté par une partie de la « base »). Une partie de la « base » entend afficher sa résolution et ne pas laisser pourrir la situation.
Ces derniers mois, les séquestrations de patrons (en fait des cadres d’entreprises multinationales) illustrent ces opérations coup de poing. Ces séquestrations rencontrent d’autant plus de succès qu’elles ne nécessitent pas de mobiliser des cohortes de salariés et évitent de recourir à des intimidations et, donc, à la violence au sein du groupe salarié. En outre, elles sont manifestement plus faciles à réaliser qu’une occupation d’usine ou qu’un piquet de grève, coûteux en moyens humains. Le bossnapping, pour reprendre le terme de la presse anglo-saxonne, se révèle également bien plus « rentable » en termes médiatiques et auprès d’une opinion publique compréhensive. Cela rejaillit sur des élites, également indulgentes à l’égard de ces actions, malgré la gravité des actes commis.
Dans les entreprises, où des séquestrations sont intervenues, les négociations sont relancées ou connaissent souvent une accélération qui produit subitement des résultats plus intéressants pour les salariés (les exemples de Sony, de Pontonx-sur-l’Adour, Scapa-France de Bellegarde, 3M de Pithiviers méritent d’être cités). Pourtant, les actes commis apparaissent surtout symboliques. Mais, en fin de compte, leurs retombées se révèlent beaucoup plus fortes qu’un arrêt de la production qui ne réussirait guère à désorganiser les entreprises en cause et à peser sur leurs résultats, dans la mesure où cet arrêt ne concernerait le plus souvent qu’un établissement d’entreprises qui sont mondialisées.
Tous ces éléments plaident pour souligner que les séquestrations de patrons constituent des actions mûrement réfléchies. Elles ne doivent rien à l’improvisation et elles ne cèdent pas au désespoir contrairement à certaines interprétations trop hâtives ou purement psychologiques. Ce qui ne veut pas dire que les salariés en cause ne soient pas le dos au mur. En prenant pendant quelques heures un cadre en otage, il s’agit bien de peser dans un rapport de force, tout en sachant que l’on s’expose à de graves sanctions pénales (d’ailleurs aucun syndicat ne légitime ni n’encourage a priori ces actions). Mais la transgression ainsi commise et, plus encore, son écho médiatique, permet de réajuster le jeu souvent dramatique qui est en train de se dérouler.
Avec les séquestrations de dirigeants, les chantages à la pollution (déversement dans la nature de produits chimiques de l’entreprise touchée par un conflit) ou la menace de faire exploser le stock (comme, dernièrement, aux Forges d’Authion, près d’Angers), participent d’un registre et d’une rationalité comparables. Une nouvelle stratégie de l’action collective se met en place.
=> Faîtes l’étude du texte
Doc5
La marche des femmes vers l’égalité via les associations
Stéphane Dassonville, Féminisme : les mouvements féministes des années 60’ à nos jours, 2001
Extraits de : http://www.penelopes.org/archives/pages/docu/memoire/mouv2.htm
A la parution du « deuxième sexe », le mouvement féministe connut un nouvel essor. Avant 1968 et la crise des valeurs bourgeoises qui donnèrent naissance au féminisme radical, de nombreuses associations féministes avaient déjà posé le problème de l’aliénation de la femme dans la société. Des groupes furent créés, ceux déjà existant suscitèrent un regain d’intérêt. Ce mouvement trouvera son aboutissement avec la création en juin 1974 d’un secrétariat d’état à la condition féminine.
Toutes ces associations qui se veulent apolitiques ne remettent nullement en cause la société actuelle. Elles tendent à une meilleure intégration des femmes dans cette société et défendent les versions " modernes " de la femme au foyer. Elles visent à des améliorations ponctuelles du sort de la femme. L’accommodement bien incertain qu’elles proposent entre la vie professionnelle et la vie au foyer semble fort précaire (…).
[Parallèlement à cette tendance] Le mouvement étudiant de mai 1968 est une vaste remise ne cause des fondements de la société industrielle, notamment au niveau de la vie quotidienne, aussi les problèmes des rapports homme/femme, de la famille, de la sexualité n’ont pas échappé à cette remise ne question. C’est dans cette optique de remise en question de toute la société que des mouvements radicaux vont apparaître. Mai 1968 phénomène international donnera aux Etats-Unis un mouvement radical : Women’s Lib. L’influence de Women’s Lib devint évidente en 1970, et la première grande action ponctuelle du MLF, le dépôt, le 26 août 1970 à l’arc de triomphe, d’une gerbe en l’honneur de la femme du soldat inconnu, etait un acte de solidarité avec les féministes américaines, qui, le même jour, organisaient une grève des femmes au niveau national.
=> Montrez qu’il existe deux tendances dans le féminisme. Qu’est-ce qui les différencie ?
=> Comment le féminisme se fait-il reconnaître ?
Doc6
Violence de banlieue et politisation juvénile
Angelina Peralva, 1995
Extraits de : http://www.conflits.org/index451.html
On a pu dire, suite à la grande mutation qui a marqué l'infléchissement de la société industrielle et du monde ouvrier, que la scène urbaine était désorganisée et vide. Aujourd'hui, malgré une grande absence de travaux de terrain susceptibles de rendre compte de la diversité des significations de la violence juvénile, il serait difficile de continuer à soutenir une telle affirmation. La scène urbaine n'est pas vide : elle est remplie d'un mélange inextricable de révolte et de délinquance banale se prêtant aux interprétations les plus disparates.
Dans les représentations courantes, l'idée de violence se distingue mal d'une délinquance sans cesse croissante, pratiquée par des jeunes très jeunes, des adolescents à peine sortis de l'enfance. Dans les banlieues, les quartiers dits « sensibles », on a de plus en plus tendance à classer dans le registre de la violence une série de conduites juvéniles, autrefois tolérées, et qui sont aujourd'hui perçues comme non maîtrisables, en fonction de la disparition d'un certain nombre de mécanismes régulateurs.
Cette violence met en jeu une crise dans les rapports entre les générations, elle est davantage expressive qu’instrumentale et elle relève plus d’un processus difficile de politisation de la jeunesse populaire, défini par la sous-constitution du sens de sa protestation dans le cadre d’une société en mutation.
=> Quel sens donne l’auteur à la violence des « banlieues » ?
=> D’où viennent les « représentations courantes » ?
=> Dans quelle mesure la délinquance peut-elle prendre un sens politique ?
