1-1-1: La contestation de la monarchie absolue (18ème siècle)
Chapitre 1 : CITOYENNETE ET DEMOCRATIE
1-1: Notions et thèses
1-1-1: La contestation de la monarchie absolue (18ème siècle)
A) La monarchie absolue
Texte A : D'où vient l'autorité du roi ?
La monarchie absolue de droit divin est une monarchie où le pouvoir du roi est légitimé par la volonté d'une divinité, que la désignation soit directe ou indirecte.
Aux yeux du peuple, "si le roi est roi, c'est que la divinité l'a voulu" : donc, concrètement, s'opposer au roi revient à s'opposer à la volonté divine, ce qui légitime le bannissement spirituel (rejet de la communauté de fidèles) et temporel (mise au cachot).
Cette stratégie lui permet de se surévaluer automatiquement face aux menaces de renversement des autres grands du royaume et aux troubles externes. Elle permet au monarque de légitimer son pouvoir grâce à la religion. Ne devant rendre de compte à personne d'autre qu'à Dieu, le souverain se soustrait ainsi à bon nombre de critiques. Cela le limite toutefois puisque le roi se doit d'obéir aux lois divines et à la morale. Il doit régner pour l'intérêt général et pour son peuple. Il se veut, en effet, le "père" de ses sujets et doit donc modérer son autorité.
Article Wikipédia, « Monarchie de droit divin », 2007
http://fr.wikipedia.org/wiki/Monarchie_absolue_de_droit_divin
=> Faîtes l'étude du texte
Texte B : LOUIS XIV, PERE DE SES SUJETS
La stérilité de 1661, se fit proprement sentir au commencement de l'année 1662... Ceux qui en pareil cas ont accoutumé de profiter de la calamité publique, ne manquèrent pas de fermer leurs magasins, se promettant dans les suites une plus grande cherté, et par conséquent un gain plus considérable. On peut s'imaginer cependant, mon fils, quels effets produisaient dans le Royaume les marchés vides de toutes sortes de grains...
Les pauvres (faisaient) entendre partout leurs plaintes et murmures... J'entrai moi-même en une connaissance très particulière et très exacte du besoin des peuples. J'obligeai les provinces les plus abondantes à secourir les autres, les particuliers à ouvrir leurs magasins, et à exposer leurs denrées à un prix équitable. J'envoyai en diligence mes ordres de tous côtés, pour faire venir par mer, de Dantzig et des autres pays étrangers, le plus de blé qu'il me fût possible ; je les fis acheter de mon épargne ; j'en distribuai gratuitement la plus grande partie au petit peuple des meilleures villes ; je fis vendre le reste à ceux qui en pouvaient acheter ; mais j'y mis un prix très modique... A la campagne, où les distributions de blé n'auraient pu se faire si promptement, je les fis en argent... Je parus enfin à tous mes sujets comme un véritable père de famille qui fait la provision de sa maison, et partage avec équité les aliments à ses enfants et à ses domestiques. Je n'ai jamais trouvé de dépense mieux employée que celle-là. Car nos sujets, mon fils, sont nos véritables richesses.
LOUIS XIV ; Mémoire pour 1662
=> Expliquez la thèse.
Quel lien peut-on faire entre le document A et le document
B ?
Au 17ème siècle, la monarchie devient progressivement « absolue ». Le roi, au nom de Dieu, détient l'ensemble du pouvoir politique dont il n'a pas à rendre compte devant ses sujets qui lui doivent « une fidélité inviolable ».
On ne peut donc pas parler de citoyens.
B) L'affirmation de l'opinion publique
Au cours du 18ème siècle, émergent des penseurs qui vont peu à peu contester le rôle que joue la religion dans les sociétés européennes. Ils opposent la raison à la foi, estimant que l'attitude rationnelle constitue la véritable nature humaine et dénoncent les pouvoirs politiques et religieux qui usent de l'irrationnel pour troubler le jugement des peuples. Ils cherchent à éclaircir ce jugement en développant les explications rationnelles du monde (philosophie, sciences, littérature).
a) Un processus de sécularisation
On désigne par sécularisation le processus par lequel les sociétés modernes européennes se dégagent progressivement de l'emprise spirituelle, politique et sociale de l'Eglise Catholique à partir du 17ème siècle et notamment au cours du 18ème siècle.
Texte C : « La naissance de la sécularisation »
LES RELIGIONS, Alain FOLCO et alii, 1999
Pour la plupart des auteurs, c'est la Renaissance qui constitue de façon décisive le point de départ du mouvement de sécularisation. Le siècle "des Lumières" accentue naturellement cette tendance qui trouverait son plein épanouissement au XXe siècle.
Cette sécularisation s'est manifestée de diverses manières : émancipation politique ; émancipation morale (cette "autonomisation" de l'individu par rapport à la religion est un phénomène essentiel de l'histoire de l'Occident) ; affirmation de l'individu comme centre de la vie sociale - la littérature, les arts montrent l'émergence de l'individu, l'attention portée à son épanouissement donnant naissance à ce que l'on a qualifié d"'individualisme" et qui caractérise la fin du XXe siècle - ; émancipation de la Science qui, à partir de Galilée (1564-1642) n'a plus à rendre compte à une institution religieuse de ses interrogations, orientations, découvertes.
=> Faîtes l'étude du texte
Quelques illustrations :
- émancipation politique : Les philosophes des lumières (Diderot, Voltaire, Rousseau, d'Alembert, Kant, Hume, Locke) réfutent le droit divin et réclament la liberté d'opinion et d'expression ;
- émancipation sociale : les pratiques religieuses qui encadraient la vie des individus reculent peu à peu. Les hommes modernes ont le droit de croire et de ne pas croire ;
- émancipation scientifique : Copernic puis Galilée remettent en cause le géocentrisme. Cette première attaque contre les dogmes de l'Eglise va ouvrir la révolution scientifique des 17 et 18ème siècles : les faits et le raisonnement s'imposent pour expliquer le monde.
Le sociologue Max Weber* montre au début du 20ème siècle qu'avec l'industrialisation, les sociétés modernes reconnaissent désormais la valeur de rationalité : les explications magiques et religieuses du monde reculent au profit d'une approche scientifique. C'est le « désenchantement du monde ».
b) Naissance de l'opinion publique
Texte D : Qu'est-ce que l'opinion publique ?
JM Denquin, « Introduction à la science politique », 1992
Le passage au stade politique s'accomplit par l'émergence d'un phénomène qui fut une révolution : l'affirmation d'une opinion publique.
L'opinion publique va en effet faire disparaître la séparation entre l'infime minorité qui pense en termes politiques et l'immense majorité qui tient le système politique pour une donnée de nature. (…) La constitution d'une opinion publique se manifeste dans la formation d'un groupe, certes restreint mais beaucoup plus large que le cercle dirigeant, dont les membres ont acquis une autonomie intellectuelle et morale. Ils pensent par eux-mêmes, sans plus reconnaître les bornes et les balises que posent les autorités traditionnelles. Au lieu de demeurer isolés en face de celles-ci, ils sont en contact les uns avec les autres, échangeant des informations et des idées. Loin de tenir les affaires publiques pour le monopole légitime des gouvernants, ils s'intéressent à celles-ci. Ils souhaitent, puis exigent, d'en être informés.
L'opinion publique entend juger par elle-même. Elle s'estime en droit de soumettre à révision l'ordre immuable des choses. Dès lors, le pouvoir est politique : ses actes sont examinés, commentés, jugés. Des politiques alternatives sont conçues, exposées publiquement, proposés aux gouvernants. Les dirigeants sont, selon les cas, soutenus ou censurés par l'opinion publique.
La fin du 18ème siècle fut, en Europe, le moment où cette évolution s'est
manifestée.
=> Faîtes l'étude du texte
c) Les théories du contrat social
=> 24 p173 Q°1, 5
*Contrat social
Les théoriciens du CS cherchent à comprendre l'origine des
sociétés humaines.
Ils estiment que les hommes sont amenés à se réunir de façon à améliorer leurs conditions de vie. Cette réunion implique un accord définissant les droits et devoirs de chacun relativement à la société ainsi constituée. Ils « signent un contrat » qui les engagent les uns par rapport aux autres et chacun relativement à l'autorité commune.
Si la théorie de Hobbes peut justifier la monarchie absolue, John Locke et Jean-Jacques Rousseau affirment que l'autorité politique trouve sa justification dans les choix des citoyens (et non des sujets). Ce sont les citoyens qui sont à l'origine du pouvoir politique.
Ces théories du CS influenceront les révolutionnaires de 1789 qui vont renverser la monarchie pour instaurer une république, cad un régime politique fondé sur le libre choix des citoyens.
