5-3 : Organiser le travail

5-3 : Organiser le travail

 

            L'organisation du travail présente l'ensemble des moyens dont disposent les décideurs de l'entreprise pour obtenir de leur personnel les meilleurs résultats économiques possibles et notamment l'amélioration du rapport entre ce que coûte le salarié et ce qu'il rapporte à l'entreprise.

En général, l'organisation du travail vise à augmenter le plus possible la productivité du travail.

 

5-3-1 : Diviser le travail pour produire plus

                       

                        A) un principe : la division du travail

 

Diviser le travail, c'est décomposer l'ensemble des opérations permettant la production d'un bien ou d'un service pour les confier à des travailleurs spécialisés dans ces fonctions.

 

La division du travail n'est pas un principe nouveau, mais sa capacité à favoriser la croissance a été mise en lumière par Adam Smith en 1776 (« La richesse des nations »), au moment de l'apparition des économies de marché. Smith explique que « la richesse des nations » (= croissance du PIB) dépend essentiellement de la division du travail : 

- la division du travail améliore la productivité du travail, ce qui permet de baisser les coûts de production moyens, donc d'augmenter les bénéfices.

- la division du travail étendue à l'ensemble de l'économie permet de baisser les prix, ce qui permet de soutenir la consommation, ce qui encourage la croissance et l'emploi.

 

            Ces idées vont être reprises par Taylor au début du 20ème siècle.

 

                        B) Le taylorisme

 

=>        1 p150 Q°1, 4

 

Au début du 20ème siècle, F.W. Taylor est un ingénieur confronté à un problème : dans les usines, la production était confiée à des ouvriers de métier, c'est-à-dire des artisans qui connaissent l'ensemble du processus de production. De ce fait, ce sont eux qui détenaient le vrai pouvoir dans l'entreprise car la direction n'était pas en mesure de contrôler l'organisation du travail. Ainsi, le rapport de force était en faveur des ouvriers de métier qui pouvaient faire pression sur la direction en « flânant » pour obtenir de meilleurs salaires. Parallèlement, les EU connaissaient une vague d'immigration de populations non qualifiées, mais capables d'être mobilisées par la production.

 

Taylor décide de substituer les ouvriers de métier par des travailleurs non qualifiés en divisant le travail :

- Le travail est divisé horizontalement (parcellisation des tâches) : l'ensemble des opérations de production est décomposé en tâches élémentaires, chronométrées et confiées à des travailleurs non qualifiés.

-  Le travail est divisé verticalement : c'est la direction qui contrôle la production et qui impose la façon de faire aux travailleurs (« One best way »).

Cette double division du travail caractérise le taylorisme.

 

            Ces principes vont être prolongés par H. Ford.

 

C) Le fordisme

 

=>        2 p151 Q° 1, 2, 3

 

H. Ford prolonge les vues de Taylor : dans ses usines de production, il étend les divisions horizontale et verticale du travail par l'introduction de la chaîne de montage :

- En limitant les déplacements entre les postes  de travail, on intensifie la

 division horizontale.

- En contrôlant la vitesse de circulation  des pièces dans la chaîne, la direction peut imposer le rythme de la production (division verticale).

 

                        D) Bilan de l'OST

           

Les principes de l'organisation scientifique du travail (OST =taylorisme + fordisme) se sont diffusés dans les économies occidentales après la 2ème guerre mondiale. L'OST a contribué à la profonde transformation de ces sociétés au cours des 30 glorieuses :

- Economiquement : L'OST constitue un progrès technique décisif qui bouleverse le fonctionnement des entreprises mais aussi l'économie dans son ensemble : hausse de la productivité => baisse des CP => hausse des S et /ou baisse des prix => hausse de la consommation => croissance => emplois => hausse de la consommation, … L'OST va permettre la transformation des sociétés occidentales et achever l'industrialisation : la production devient une production de masse.

-  Socialement : Le Fordisme avait également une dimension sociale : le Five Dollars Day. Il s'agissait d'assurer le profit en soutenant la consommation et en fidélisant la main d'œuvre. Ce principe est étendu à l'ensemble de l'économie au cours des 30 glorieuses. Le niveau des salaires va augmenter, alors que les prix de vente vont baisser grâce à la standardisation de la production. La France devient alors une société de consommation.

 

 

Cependant à partir des années 70, la « régulation fordiste » s'affaiblit car les principes fondamentaux de l'OST sont remis en cause :

- Economiquement : À partir des années 70, les exigences des consommateurs évoluent vers de plus en plus de différenciation et une revendication de qualité. Le développement de la mondialisation accentue la concurrence des produits ce qui accélère ce mouvement. Les entreprises doivent s'adapter à ce nouveau contexte et transformer leurs modes de production. Les principes fordiens reposant sur la standardisation et la répétition semblent désormais dépassés au profit d'organisations plus flexibles et plus réactives aux évolutions de la demande.

 

=>        Document « pour commencer » p152 Q°3

 

- Socialement : Les salariés, mieux formés, sont de plus en plus réticents à l'hyperspécialisation liée à la division horizontale du travail, qui empêche l'initiative et l'épanouissement intellectuel dans l'activité professionnelle. Les travailleurs peuvent résister de manière directe (grève, absentéisme,…), mais aussi de manière indirecte (turnover, malfaçons, sabotage, …). Ces réactions ont un coût économique pour l'entreprise puisqu'elles augmentent les coûts de production et freinent la productivité.

 

Dans ces conditions, l'OST semble dépassée ; les ingénieurs se tournent vers de nouvelles formes d'organisation du travail (NFOT) plus adaptées aux conditions de la demande et plus intéressantes pour les travailleurs.

 

 

            5-3-2 : Organiser le travail pour produire mieux

 

A partir des années 80, de nouvelles formes d'organisation du travail (NFOT) apparaissent. Nous analyserons leurs objectifs, puis nous discuterons de leurs apports relativement aux principes tayloro-fordistes.

 

            A) Des principes nouveaux

 

Les NFOT vont remettre en cause la double division du travail de l'OST :

- la division horizontale du travail est atténuée par l'enrichissement et l'élargissement des tâches. On ne cantonne plus les ouvriers dans une tâche élémentaire mais ils doivent être capables d'intervenir à différents niveaux de la production ; cela réclame de leur part une plus grande polyvalence.

-  la division verticale du travail est remise en cause en faisant participer les travailleurs à la conception via, par exemple, des cercles de qualité dans lesquels les différents niveaux hiérarchiques se rencontrent pour discuter de la production et trouver des solutions aux dysfonctionnements. De ce fait, on reconnaît au travailleur une relative autonomie dans son travail.

Ces propositions doivent résoudre les 2  aspects de la « crise de l'OST ».

 

            B) Le toyotisme

 

Au Japon, au début des années 50, émerge une nouvelle forme d'organisation du travail qui va contribuer à la forte croissance de l'après-guerre de l'économie nipponne. Ces effets vont inciter les entreprises du monde entier à diffuser ces nouvelles idées.

Les ingénieurs japonais, et notamment Taïhi Ohno, avaient d'autres conditions que Taylor : ils disposaient d'une main d'oeuvre qualifiée et « docile », capable d'adaptation. L'idée centrale du toyotisme va consister à utiliser cette souplesse des travailleurs japonais pour limiter les coûts de production ; grâce à leur polyvalence et leur autonomie, les travailleurs japonais vont contribuer à rendre les chaînes de production plus réactives aux variations de la demande.

 

Trois principes fondamentaux vont structurer le toyotisme :

- L'autonomisation : les travailleurs disposent d'une autonomie pour adapter le processus de production en cas d'anomalie ou de nécessité. Cette disponibilité modifie le sens de circulation de l'information dans l'entreprise : l'information ne « descend » plus de la direction, mais devient horizontale (d'un poste de travail à l'autre).

- La production « juste à temps » : Ohno avait noté que la production fordiste nécessitait la constitution de stocks importants, puisque la production était réalisée avant d'être vendue. C'est l'amont qui déterminait l'aval. Or la constitution de stocks alourdit les coûts de production. La production « juste à temps »  consiste à produire à flux tendus, cad à mesure que les commandes sont validées. C'est l'aval qui oriente l'amont, grâce à un système d'étiquettes (Kanban) qui permet de faire circuler l'ordre de production du client vers les fournisseurs.

 

=>        2 p153 Q°1, 2, 3, 4

 

- Les « 5 zéros » : Il s'agit de l'application de normes de production dont l'objectif est d'améliorer la qualité de la production : 0 panne, 0 délais, 0 défaut, 0 stock, 0 papier.

 

Après une adaptation aux contextes occidentaux, ces principes vont apparaître comme un remède à la « crise de l'OST ».



Article ajouté le 2009-04-25 , consulté 17 fois

Liens

Voir les articles de la catégorie " 2ème partie : Production et travail "

Imprimer cet article

Retour aux articles