Cours 7-1-3 : Le rôle des instances de socialisation
7-1-3 : Le rôle des instances de socialisation
Il existe de nombreuses instances de socialisation. Dans cette section, nous en étudierons 4 : le travail, la famille, l'école et la citoyenneté.
A) Travail et lien social
Comment le travail permet-il la socialisation et
l'intégration ?
Les évolutions récentes des formes du travail et du marché du travail remettent-elles en cause le rôle intégrateur du travail ?
C'est Emile DURKHEIM* qui a fait le lien entre les formes et l'organisation du travail et les formes de la solidarité («La division du travail social », 1893).
a) TRAVAIL ET SOLIDARITE
A la suite de TONNIES, les sociologues distinguent deux
types d'organisation sociale :
-Dans les communautés, les individus n'existent pas pour eux-mêmes ; leur identité est entièrement fondue dans l'identité collective. C'est la communauté qui impose les normes, rôles et statuts à ses membres. Il n'y a aucun espace individuel (relations de type holiste).
- Dans les sociétés, les individus existent pour eux-mêmes et décident d'adhérer librement à la vie sociale. A côté des droits et devoirs imposés par la société, il existe un domaine de conscience individuelle.
Cette distinction est reprise par DURKHEIM : il va montrer que les formes du lien social varient selon les formes de l'organisation sociale :
=> 6 p236 Q° 16, 17, 18
- Dans les communautés, la cohésion sociale est très forte car tous les membres adhèrent au même système de croyance, à la même culture. Les individus se ressemblent très fortement, ils sont donc mécaniquement solidaires car très semblables (solidarité mécanique*).
- Dans les sociétés, le lien social est plus complexe du fait que les consciences individuelles sont plus ou moins en cohérence avec les règles sociales. Les individus sont très différents car les positions occupées dans la société peuvent être très diverses. En effet, les sociétés connaissent une division du travail* qui aboutit à une forte spécialisation. Cette spécialisation des fonctions sociales différencie les individus mais, dans le même temps, les amène à coopérer. Ainsi ces fonctions spécialisées et complémentaires s'organisent les unes par rapport aux autres à la manière des organes du corps, différents mais qui contribuent à la vie de l'ensemble par leur fonction spécifique. La division du travail aboutit donc à une solidarité organique* : chaque individu occupe une fonction particulière et participe en coopérant à la vie de la société.
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Organisation sociale |
Formes du travail |
Types de solidarité |
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COMMUNAUTE |
Faible spécialisation, faible individualisation des fonctions sociales |
Cohésion sociale forte, SOLIDARITE MECANIQUE |
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SOCIETE |
Division du travail étendue, forte spécialisation des fonctions sociales |
Coopération, SOLIDARITE ORGANIQUE |
L'œuvre de Durkheim se situe à la fin du 19ème siècle alors que la société française connaît une forte crise sociale : celle-ci semble être en situation d'anomie*, cad « un état de dérèglement des relations sociales entre les individus et la société. Les actions individuelles ne sont plus réglées par des normes collectives clairement identifiées. L'individu ne sait plus quel est le comportement conforme ; les déviances* se développent ».
A la recherche des causes de cette anomie, DURKHEIM montre que la division du travail peut être anomique : quand les fonctions sociales sont trop spécialisées, les individus perdent le sens de leur rôle dans la coopération. L'excès de spécialisation aboutit à une perte du sens social et à un individualisme qui nuisent à la solidarité.
=> 14 p240 Q°44, 45, 46
Conclusion : L'oeuvre de DURKHEIM illustre le rôle intégrateur du travail. La nature et les formes du travail déterminent les formes de la solidarité. Nous allons prolonger cette question en la replaçant dans le contexte contemporain :
- Quel rôle joue le travail dans notre société ?
- Quel est l'impact des récentes évolutions du marché du travail sur la solidarité ?
b) LE RÔLE DU TRAVAIL DANS
LA FRANCE CONTEMPORAINE
=> 17 p242 Q° 53 + 18 p242 Q°57, 58 + 20 p243 Q°63 à 65
Les rôles du travail :
- un rôle économique
Grâce à la spécialisation, chacun peut trouver une fonction à remplir selon ses compétences. Contrairement aux sociétés à ordres, les positions économiques et sociales dans les sociétés démocratiques modernes à économie de marché résultent en théorie des mérites individuels (méritocratie). Dès lors, le travail devient la principale source de revenu pour les individus. C'est essentiellement les revenus du travail qui détermine le niveau de vie, donc le niveau de consommation d'un individu.
-un rôle social
Ce rôle est protéiforme : Le travail donne un statut social* plus ou moins valorisé (salaire, droits à la protection sociale, avantages professionnels, ...) De plus, Le travail est source de relations sociales, propres au monde du travail. Enfin, le travail joue un rôle psychosociologique important car il permet à chacun de se sentir utile et reconnu (par rapport à soi et aux autres).
-un rôle politique
Ce rôle est une synthèse des autres rôles. En effet, on peut faire statistiquement un lien entre stabilité professionnelle et participation politique. Le regard porté sur la vie politique évolue suivant le statut professionnel : sentiment d'injustice ou d'abandon, sentiment d'inutilité, … Ce rôle est illustré par la montée de l'abstention et des votes extrêmes, liée au développement de la précarité et du chômage.
Le rôle intégrateur du travail dans ces 3 dimensions a été très fort durant les 30 glorieuses. Elles se caractérisent par le développement de droits sociaux et collectifs qui renforcent ces rôles (cf. Constitution de 1946). Etre salariés* détermine un statut, gage de protection et de progrès sociaux (cf. rôle du CDI, Ch3)
Depuis une trentaine d'année, ce rôle, réaffirmé dans les discours (« valeur travail »), est remis en cause par les évolutions du marché du travail :
- Le pouvoir d'achat des salaires tend à stagner,
- Le chômage de masse s'est installé, excluant des effets bénéfiques du travail des actifs pourtant prêts à travailler,
- Les carrières professionnelles semblent désormais plus discontinues et instables,
- De nouvelles formes d'emplois apparaissent (« emplois précaires » ou « atypiques ») qui remettent en cause le rôle intégrateur du travail (ex : « travailleurs pauvres »).
NB : Mettre en relation ce chapitre avec le chapitre3 (ex : lier flexibilité, précarité et crise du travail).
Devant cette « crise du travail », certains sociologues soulignent le fait qu'il y a d'autres modes d'intégration dans la société. N'assiste-t-on pas à un recul du rôle du travail dans nos sociétés (réduction séculaire du temps de travail), au profit d'autres sociabilité qui ont joué un grand rôle dans l'histoire de nos sociétés européennes (ex : la famille) et/ou au profit de nouvelles régulations sociales (ex : les médias, l'école, la cité).
=> Sujet p 252
B) Famille et socialisation
=> 21 p244 Q°66, 67, 68 + exercice p237
La famille est le lieu privilégié de la socialisation car :
- elle contribue fortement à la socialisation primaire au cours de laquelle l'enfant est le plus réceptif,
- la socialisation s'opère dans un contexte affectif fort qui soutient le message socialisateur,
- en cas de message contradictoire, le message familial est en général privilégié.
Dans quelle mesure, l'évolution des formes familiales remet-
elle en cause le rôle de la famille ?
Peut-on parler d'une « crise de la famille » ?
=> A l'aide de vos connaissances et du document 16,
construisez le plan répondant au sujet.
C) L'intégration par l'école
=> A l'aide des documents 23 p245, ex.p241 et du 5-3-3, discutez du rôle intégrateur de l'école.
D) La Cité, instance d'intégration
La cité désigne la citoyenneté, cad les règles politiques de la vie en commun (le civisme).
Le lien politique* est, avec le lien économique et social, le lieu où se construit la relation politique entre les citoyens et entre les citoyens et les gouvernants.
La Révolution française construit un nouveau modèle qui place le citoyen au cœur de la décision politique (cf. ECJS 1-1ère).
La citoyenneté* s'érige comme un ensemble de droits et de devoirs établi dans un cadre constitutionnel clair (état de droit*).
La citoyenneté s'exprime dans le cadre de la participation politique :
- Le citoyen vote,
- Le citoyen a des devoirs relativement à la vie civique,
- Le citoyen a le droit à une information libre (liberté d'expression et d'opinion),
- Le citoyen participe à des mouvements sociaux et/ou culturels,
- Le citoyen participe à la vie associative, etc. …
En France, historiquement, la conception républicaine s'impose : l'état est le garant de l'unité nationale et de la cohésion sociale (FRATERNITE); la loi est l'expression de la volonté générale exprimée par les citoyens dans le cadre d'élections libres (LIBERTE) ; la constitution garantit les droits du citoyens et l'état de droit (EGALITE).
Néanmoins, cette conception se superpose à une autre conception plus libérale de la démocratie : le citoyen est considéré comme un individu qui a des droits individuels inaliénables qui fondent son identité singulière. La loi et l'état sont perçus comme des institutions qui peuvent nuire à ces droits : il faut donc délimiter très précisément leurs actions pour préserver les libertés et créer des contre-pouvoirs susceptibles de préserver et développer les droits des citoyens.
Assiste-t-on aujourd'hui à une crise de la citoyenneté ?
=> 9 p238, 10 p239, 12 p239, 15 p240
