c-panik-a-bordDonnées (0-1-2) : Une croissance sans développement ?La rente pétrolière, une malédiction pour les pays producteurs Thierry Coville Chercheur associé au département monde iranien (CNRS) LE MONDE ECONOMIE | Les pays du Maghreb, du Proche et du Moyen-Orient qui tirent leur revenu des hydrocarbures n'ont pas su mettre en place les structures propices à un développement durable. Dans le torrent des explications visant à comprendre le sous-développement ou l'absence de véritable intégration à l'économie mondiale du Maghreb - exception faite de la Tunisie -, du Proche et du Moyen-Orient avancées depuis le 11 septembre, on a très souvent négligé le rôle dévastateur qu'a joué la rente pétrolière dans la plupart des systèmes économiques de ces régions.(...) A priori, l'existence d'une rente pétrolière importante permettait à des pays comme l'Algérie, l'Arabie saoudite ou l'Iran de ne pas être contraints par ce qui pénalise habituellement les pays en voie de développement : le manque de capitaux. L'objectif était alors d'utiliser cette manne pour bâtir des économies modernes. Or la simple présence de cette rente a conduit, outre à l'instabilité macro-économique propre à la dépendance pétrolière, à des difficultés presque insolubles : l'Etat, propriétaire de cette rente, l'a utilisée soit pour investir directement, soit pour bâtir une industrie totalement protégée de la concurrence, grâce à des subventions, des prêts spéciaux et une protection douanière. L'essentiel des revenus budgétaires provenant du pétrole, il n'a donc pas été nécessaire de favoriser le développement d'un véritable système fiscal et même d'un système bancaire efficace destiné à collecter l'épargne pour proposer des crédits. L'Etat étant le propriétaire unique de la rente pétrolière et le système économique du pays ne fonctionnant que pour recycler cette dernière, ces économies n'ont jamais connu l'émergence d'une véritable classe entrepreneuriale nationale. Se sont plutôt constituées des bourgeoisies pétrolières qui changent au gré des régimes mais dont le principe de fonctionnement reste le même : bâtir une relation spéciale avec l'Etat pour accaparer de manière indirecte une partie de la manne. L'industrie s'est retrouvée sous-compétitive et très dépendante des importations de biens d'équipement, ce qui se reflète dans la part ridiculement faible des produits manufacturés dans les exportations. Ces économies deviennent, en fait, surtout des économies où prospèrent le secteur protégé et les services qui se développent uniquement via le recyclage de la rente pétrolière. (…) La croissance brésilienne freinée par des infrastructures défaillantes Annie Gasnier LE MONDE | Les autorités brésiliennes ont vendu aux enchères, le 9 octobre, 2 600 km de routes. Le groupe espagnol OHL a obtenu une concession de vingt-cinq ans, pour moderniser des axes très fréquentés par les camions. "C'est un excellent signe pour mettre fin au goulet qui étrangle notre réseau de transports et qui pourrait menacer la reprise notable de notre croissance", estime Saturnino da Silva, vice-président de la puissante Fédération des industries de Sao Paulo (Fiesp). Le gouvernement du président Luiz Inacio Lula da Silva va procéder à d'autres privatisations, après une longue suspension attribuée "aux atermoiements du discours antiprivatisations" de son Parti des travailleurs (PT, gauche). Le réseau routier a besoin de gros investissements. L'Association nationale du transport de marchandises estime que 75 % des 80 000 km d'asphalte sont en mauvais état, et donc en partie responsables des 35 000 morts de la route en 2006. L'entretien dépend d'un ministère des transports régulièrement épinglé par la Cour des comptes pour sa gestion soupçonnée de corruption. "Les véhicules circulent en dépit des trous, mais cela augmente les coûts de fret de 30 %", selon le président de la Confédération nationale des transports (CNT), Cleysio Andrade. Un obstacle à la compétitivité des industriels et des fermiers. C'est le cas pour le soja, produit d'exportation par excellence. "La distance moyenne entre la zone de production et les ports est de 1 200 km, calcule Denise Deckers, au ministère de l'agriculture. L'idéal serait d'offrir le choix du transport aux agriculteurs, ferroviaire ou maritime." Dans une conjoncture favorable, qui enregistre une croissance de 4,5 %, la défaillante logistique des transports est source de préoccupation. Depuis un an, le trafic aérien est "en crise", avec des aéroports inadaptés et des compagnies surchargées, incapables de répondre à l'émergence d'une nouvelle clientèle. En Inde, quelque 60 millions d'enfants produiraient 20 % de la richesse nationale Julien Bouissou LE MONDE | Les autorités indiennes, en partenariat avec les organisations non gouvernementales (ONG) locales, multiplient les opérations de "sauvetage" d'enfants dans les ateliers textiles de New Delhi, après que l'hebdomadaire britannique The Observer a révélé qu'une dizaine d'entre eux confectionnaient des chemises pour la ligne Gap Kid du géant américain du prêt-à-porter. Lundi 29 et mardi 30 octobre, une vingtaine de mineurs auraient ainsi été secourus. The Observer du 28 octobre décrit le dur labeur imposé aux enfants. Des journées de travail de Quelques heures après la publication de l'article, le patron de l'atelier, en liberté, condamnait avec véhémence le raid policier qu'il venait de subir : "Leurs parents me les ont envoyés pour qu'ils apprennent un travail. Ils n'ont pas de manger, alors ils doivent travailler. Que peuvent-ils bien faire d'autre ?" Gap a immédiatement annoncé le retrait des chemisiers incriminés du circuit de distribution. D'après les ONG, 60 millions d'enfants travailleraient illégalement en Inde. Selon les Nations unies, leur travail représenterait 20 % du produit intérieur brut local. Les enfants sont recrutés par des intermédiaires qui sillonnent les villages pauvres des Etats de l'est du pays, pour convaincre les familles d'envoyer les leurs apprendre un métier "à la ville". "Ils reçoivent entre 20 et 30 euros et la promesse que leur progéniture fera fortune. Une fois qu'ils sont partis, les parents n'ont plus de nouvelles", confie Ramesh Gupta, le président de l'une de ces ONG, La Marche mondiale contre le travail des enfants.(…) Le ministre du commerce extérieur, Kamal Nath, s'est lui contenté d'indiquer : "les ONG font des efforts croissants pour publier des rapports donnant une mauvaise image de l'Inde. Cela pourrait limiter les importations des pays occidentaux depuis les pays pauvres comme l'Inde." Lundi, la confédération indienne de l'industrie publiait un rapport selon lequel le chiffre d'affaires de la sous-traitance textile dans le pays allait augmenter de 12 % en 2007. En 2008, il atteindrait 25 milliards de dollars (17,3 milliards d'euros). Un «incident de masse» violemment réprimé en Chine Cinq jours d'émeutes dans un village auraient fait près de 60 blessés. Pascale NIVELLE Libération.fr http://www.liberation.fr/actualite/monde/241024.FR.php Pour quelques yuans de trop, la colère explose. Et la police charge, faisant des dizaines de blessés et peut-être un mort. Cela s'est passé vendredi à Zhushan, village de montagne du Hunan, au centre de la Chine, parce qu'une compagnie de bus avait décidé d'augmenter le prix de ses billets de 5 à 9 yuans (90 centimes d'euro). Une fortune pour les passagers, pour la plupart des paysans qui gagnent péniblement 500 yuans par mois. Les dirigeants de la compagnie n'ont pas plié, le mécontentement a enflé. Des manifestants ont encerclé des bâtiments publics, accusant les officiels locaux de collusion. Riposte. Dans ce climat tendu, l'étincelle s'est produite vendredi. A bord d'un bus de la compagnie Anda, un étudiant refuse de payer un supplément pour ses bagages. Des vigiles ripostent par des coups. Les passagers, furieux, bloquent l'autobus, bientôt suivis par des villageois. La police arrive quelques heures plus tard par camions, casquée et armée. Selon des témoins, 1 500 policiers et 20 000 manifestants se sont affrontés violemment. Des bus, des voitures officielles et des véhicules de police ont été incendiés ; leurs carcasses fumantes, retournées sur la route, ont fait le tour des sites Internet à l'étranger. Les émeutes ont duré presque cinq jours, avec un pic lundi, et ont fait une soixantaine de blessés, accueillis dans l'hôpital de la ville proche, Yongzhou. Le South China Morning Post, journal de Hongkong, parle d'un mort, un étudiant. L'information n'a pu être confirmée par aucun témoin direct. Zhang Zilin, militant des droits de l'homme du Hunan, était sur place lundi, au plus fort des émeutes. Il a raconté avoir vu la police (police locale, police spéciale, police armée du peuple) taper au jugé avec des matraques sur la foule, y compris enfants, femmes et personnes âgées. «Les manifestants étaient très en colère, a-t-il témoigné, interviewé au téléphone par l'agence AP. Ils criaient "battez les chiens du gouvernement à mort" et lançaient des pierres et des briques. Les policiers criaient en retour : "Battez-les à mort."» Il a vu un homme jeté de son vélo par les forces de l'ordre, harassé de coups et laissé sur le sol dans une mare de sang. De nombreux manifestants, surtout des étudiants, ont été arrêtés. Comme d'habitude, la presse chinoise est restée silencieuse sur cet «incident de masse» (selon la terminologie officielle). Les autorités locales, sollicitées par les médias étrangers, ont d'abord nié, évoquant des «rumeurs», puis reconnu les faits, en minimisant : «Personne n'a été tué, c'est un incident mineur», déclarait lundi un officiel de la province. Saisie. Etrange question : les 750 millions de paysans chinois, révoltés par la corruption et les immenses inégalités sociales, peuvent se soulever n'importe où et à tout moment. Parallèlement à Yongzhou, le 11 mars dans la province voisine du Guangdong, 1 000 villageois, révoltés par la saisie arbitraire de leurs terres, se sont affrontés aux policiers. L'an passé, 23 000 «incidents sociaux» ont été officiellement comptabilisés en Chine, sans qu'on sache combien étaient «de masse». La Chine dissimule ses morts par pollution Une étude censurée de la Banque mondiale fait état de Pascale Nivelle Libération.fr http://www.liberation.fr/actualite/economie_terre/265036.FR.php La pollution aurait-elle causé Caviardée. La Chine, devenue le principal émetteur mondial de dioxyde de carbone, selon une déclaration du secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, lundi, voudrait seulement que tout cela se sache le moins possible. Un an avant l'arrivée des 10 000 athlètes des Jeux olympiques, le ciel de la «société harmonieuse» doit rester le plus clair possible. Le mois de juin, avec 15 jours «médiocres en termes de qualité de l'air», a beau avoir été le pire jamais enregistré depuis 2000, les autorités continuent d'annoncer 245 jours de ciel bleu pour 2007. C'est que la Sepa, l'agence nationale chinoise pour la protection de l'environnement, et le ministre de la Santé s'inquiètent de l'impact de nouvelles révélations sur la population, chauffée à blanc par les innombrables problèmes engendrés par la pollution, redoutant un accroissement des conflits sociaux déjà nombreux dans le pays. Toujours selon le FT, ils ont réclamé, et obtenu en fin d'année dernière, la suppression d'un tiers de l'avant-projet du rapport de la Banque mondiale, «trop sensible» et susceptible de «provoquer des troubles sociaux». Une carte détaillée des endroits les plus touchés par la mortalité due à la pollution aurait également été caviardée. Le rapport, pas encore publié, aurait cependant été exposé lors d'une conférence à Pékin en mars, alors même que le Premier ministre, Wen Jiabao, axait son discours d'ouverture de la session annuelle de l'Assemblée nationale populaire sur les problèmes environnementaux. Décès évitables. Dans la partie manquante de l'avant-projet, les estimations font apparaître que la pollution de l'air des villes chinoises provoque la mort prématurée de Article ajouté le 2008-07-14 , consulté 18 fois LiensVoir les articles de la catégorie " Chapitre 0 - Actualité et données "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |