"Le bûcher des vanités" de Tom Wolfe (1987)

Le bûcher des vanités

 

Tom Wolfe

 

1987

 

Extraits de http://www.buzz-litteraire.com/index.php?2006/11/27/587-le-bucher-des-vanites-de-tom-wolfe

 

Monument littéraire, le bûcher des vanités reste l'oeuvre phare (et le premier roman) du dandy terrible des lettre américaines : Tom Wolfe.

 

                        

 

Publié en 1987 et écrit en plein Reaganisme (à l'âge de 57 ans), ce best-seller mondial, porté a l'écran par Brian De Palma, est un portrait en coupe sans complaisance d'une société américaine aveuglée par son matérialisme et sa soif de pouvoir, à travers la chute inexorable d'un golden-boy en pleine gloire. Au delà du contexte politique sensible (conflits raciaux) et de la satire mordante du système américain tout entier des financiers de Wall Street aux figures politiques, judiciaires et à la manipulation médiatique, c'est surtout l'écriture et la structure de ce pavé de 700 pages qui retient l'attention (et parfois le souffle !) du lecteur.

 

Wolfe inaugure ici un nouveau genre littéraire où la fiction se mêle à une réalité des plus précises, à mi-chemin entre le (nouveau) journalisme et les oeuvres de Balzac ou Zola. Avec un sens infini du détail, il recrée à la goutte de café et au crissement de fauteuil club en cuir près, l'ambiance des tribunaux aux bureaux de Manhattan en passant par les soirées mondaines new-yorkaises ou encore les bas fonds du Bronx... Sa plume se braque comme une caméra sur une myriade de personnages et une succession de scènes à la structure aussi calibrée qu'un storyboard. Un drame implacable à la tension et aux effets parfaitement maîtrisés. Efficace certes mais littéraire ?

 

"Ne vous retrouvez jamais pris dans le système de la justice américaine. Dés que vous êtes pris dans la machinerie, juste la machinerie, vous avez perdu. La seule question qui demeure, c'est combien vous allez perdre."

 

Sherman McCoy est le "successful golden boy" Wasp, type de Wall Street "le roi des obligations à 1 million de dollars par an chez Pierce & Pierce". Né avec une cuillère en argent dans la bouche et diplômé des plus prestigieuses écoles (Yale...), il vit dans un somptueux appartement de Park Avenue à New-York, avec "moulure, baguettes, meneaux, corniche", carrelage de marbre et escalier royal en noyer... - photographié par le snobissime magazine d'architecture AD- décoré par sa femme Judy, la parfaite femme du monde (qui a juste "le défaut" d'avoir presque 40 ans) et son adorable fillette Campbell qu'il chérit. Une petite famille idéale dans un monde doré, hors de toute réalité. Une vie faite de signes extérieurs de richesse, exhibés de la manière la plus ostentatoire. Une débauche de luxe tapageur où les apparences régnent sans partage.

Une vie gouvernée par le dieu dollar (de nombreuses pages déploient des déluges de chiffres indiquant le coût d'une voiture, d'un costume, de chaussures, d'un salaire, d'un emprunt immobilier ou encore leur marques et leurs matières de fabrication...) ! "Tout en traversant Park Avenue, il se projeta une image mentale du couple idéal qu'il formaient. Campbell, l'ange parfait dans son uniforme d'école privée, et lui avec son visage impérial, son menton de Yale, sa large carrure, et son costume britannique à 1800$, le père de l'ange, un homme influent. Il visualisa les regards admiratifs et envieux, des automobilistes, des piétons, de tout le monde." Sherman McCoy s'est même octroyé un "modeste" surnom : Maître de l'univers. "Maîtres de l'univers ! Le rugissement emplissait l'âme de Sherman d'espoir, de confiance, d'esprit de corps et de droiture. Oui, de droiture (...) Actionner les leviers qui meuvent le monde... Voilà ce qu'il faisait..."

 

Qui pourrait lui résister ? Que pourrait-on lui refuser ?

Rien et surtout pas le plaisir d'avoir en plus une jeune maîtresse fringante et sexy (elle même riche épouse d'un magnat des affaires) qui le distrait de sa routine conjugal. Pourtant, cette réussite insolente sera bientôt bouleversée par un incident ou plutôt un accident... Parce qu'un soir, il rate sa sortie d'autoroute et se perd dans le Bronx avec son amante, sa vie basculera. "Ce type a renversé juste le môme qu'il fallait pas, juste dans le quartier qu'il fallait pas, juste avec la voiture qu'il fallait pas et avec la femme qu'il fallait pas..." Commencera alors une lente chute irréversible qui le conduira jusqu'à sa perte totale. Erigé en cible idéale pour "venger" les minorités du Bronx en pleine crise raciale et diabolisé de toute part parce qu'il est riche ET blanc, il sera traîné devant les tribunaux et subira toutes les humiliations : "Comment est-ce qu'on traite les stars de Park avenue ? Comme tout le monde, voilà ! Il se fait arrêter, on lui colle les menottes, il passe au Sommier, on lui prend ses empreintes, il attend dans les cages, comme tout le monde dans ces rues en bas !" (Abe Weiss, procureur général du Bronx). C'est toute l'ignominie de "la justice par l'exemple" qui est ici stigmatisée.

"Ce n'est pas la mauvais mec. Il a l'air un peu raide comme ça mais c'est sûrement un plutôt brave mec. Il a une femme, un môme. Il a ce putain d'appart. Il a pas le cran d'assumer cette merde. Il a pas le coeur à être du mauvais côté de la loi (...) Y'a des gens qui ont le cran pour ça et d'autres pas."

 

 Wolfe construit ici un magistral roman pyramidal où l'étau se resserre insidieusement, chapitre après chapitre, autour du héros dont l'angoisse va croissante.

Multipliant les points de vue, il met en scène une myriade de personnages secondaires qui vont se liguer pour le faire tomber au nom d'une pseudo justice sociale, prétexte fallacieux pour assouvir en réalité leur soif de pouvoir politique, d'éclat social/professionnel ou de fortune respective... Du journaliste looser du City light qui couvrira cette affaire au substitut minable qui complexe sur son bas salaire ou son allure miteuse (et fantasme déjà sur les honneurs qu'il recevra : "Le courage et l'éloquence.... C'est ça qu'ils verraient. Toute la ville de New York le verrait.") jusqu'au procureur général, le maire qui convoite les prochaines élections, le juge ou encore le révérend... "Nous sommes le point de référence du libéralisme et des droits civiques maintenant (...) C'est un pas en avant très important dans la marche du journal.", se félicite ainsi le rédacteur en chef du journal qui a découvert l'affaire (qui lui a été en réalité soufflée) ou encore "Que sont les façades de pierre de la Cinquième avenue et tous les halls de marbre et toutes les bibliothèques à l'odeur de cuir et toutes les richesses de Wall Street à côté de mon contrôle de vos destinées et de votre impuissance face au Pouvoir", exulte Kramer lorsqu'il mène ses interrogatoires.

 

Et Tom Wolfe n'épargne personne. Homme politique, de justice, religieux ou médiatique..., révèlent leurs bas instincts, leur cupidité et leur vanité à mesure que progresse l'enquête jusqu'à son dénouement tragique. Le plus monstrueux n'est pas forcément l'accusé de Manhattan...

 

"Il affrontait une nouvelle mort sociale. Il n'était qu'un homme assis absolument seul dans un dîner. L'essaim bourdonnait tout autour de lui. Tous les autres étaient dans un état de béatitude mondaine. Il était le seul en panne. Il faisait tapisserie, sans interlocuteur, une lumière sociale de zéro watt dans le zoo des Célébrités des Bavardage... Ma vie part en morceaux ! - et pourtant à travers chaque cellule de son système nerveux central surchargé brûlait la honte - la honte ! - de l'incompétence mondaine."

 

"A cet instant, Sherman fit la terrible découverte que les hommes font tôt ou tard. Pour la première fois, il se rendit compte que l'homme en face de lui n'était pas un père vieillissant mais un garçon, un garçon comme lui-même, un garçon qui avait grandi et avait eu un enfant à lui et qui, de son mieux, par sens du devoir et, peut-être, par amour, avait adopté un rôle appelé "être un père"(...) : un protecteur, qui garderait un oeil sur toutes les possibilités chaotiques et catastrophiques de la vie. Et voilà que ce garçon, ce grand acteur, avait vieilli, était devenu fragile et épuisé, plus las que jamais à la pensée de devoir remettre l'armure du protecteur sur son dos, maintenant, si près de sa fin."

 

 

Article wikipédia Tom Wolfe : http://fr.wikipedia.org/wiki/Tom_Wolfe

 

 

Convaincu que tout ce qui arrive dans nos vies est déterminé par notre statut social, Tom Wolfe considère la place de la vérité plus importante que celle de l'imagination. Les quatre grandes règles du nouveau journalisme :

1 - reportage construit d'une scène à l'autre, comme un roman

2 - beaucoup de dialogues pour re-créer l'ambiance

3 - détails sociaux pour décrire l'état d'esprit des personnages à partir de leur appartenance sociale et de leur milieu

4 - avoir un point de vue et le faire passer à travers les yeux des personnages et non à travers les sentences de l'écrivain (écrire à la première personne du singulier).

 

 

 

Voir l'adaptation cinéma :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Le_B%C3%BBcher_des_vanit%C3%A9s_%28film%29

 

 

 



Article ajouté le 2008-02-13 , consulté 5 fois

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