Il était inévitable de le reconnaître : la croissance n'atteindra pas, cette année, le chiffre que le gouvernement a longtemps espéré. Ni l'hypothèse de 2,25 % inscrite au budget 2008, ni le 2 % auquel Bercy s'accrochait depuis des mois, ne sont plus d'actualité. La crise étant passée par là, le temps où l'on voyait l'euro se stabiliser à 1,35 dollar et le baril à 75 dollars les hypothèses retenues pour bâtir la loi de finances semble bien loin.
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Hypothèses
Les chiffres que l'Insee publie aujourd'hui ne vont pas venir contredire la prudence que les ministres semblent désormais afficher. L'institut national de la statistique ne table plus que sur une hausse du PIB de 0,4 % au premier trimestre 2008 (un chiffre revu à la baisse de 0,1 point par rapport à ce qu'il anticipait il y a encore trois mois) et de 0,3 % au deuxième trimestre (également corrigé de 0,1 point). Selon ces hypothèses, l'acquis c'est-à-dire la croissance théorique si l'activité était nulle sur la seconde partie de l'année s'établirait à 1,4 % fin juin. En d'autres termes, les chances d'arriver à une croissance de 2 % cette année sont bien minces : il faudrait que le PIB progresse de… 0,8 % aux 3e et 4e trimestres. Scénario auquel aucun économiste ne croit dans le contexte actuel de flambée des prix du pétrole, de hausse de l'euro qui dégrade la compétitivité, d'une stagnation de l'économie américaine ou encore du fort ralentissement européen.
D'ici là, la France sera passée en début d'année par une croissance qui « s'effriterait », selon l'expression utilisée par l'Insee. Le contexte international devrait brider les exportations françaises et le commerce extérieur pèserait de nouveau sur l'activité. Les entreprises remettraient à demain leurs prévisions d'investissements, « comme le laisse augurer la prudence affichée par les chefs d'entreprise », qui relèvent des difficultés de financement.
Pouvoir d'achat rogné
La consommation des ménages ne tiendrait que grâce à l'épargne qu'ils ont constituée et dans laquelle ils pourraient puiser. Car les gains de pouvoir d'achat devraient « à peine progresser au 1er semestre » (environ 0,1 % par trimestre) après une forte augmentation en 2007. Les « effets favorables de la loi sur le pouvoir d'achat (Tepa) » pour le revenu des ménages n'arriveront pas à compenser la forte poussée de l'inflation qui va peser sur le porte-monnaie des Français : l'Institut la voit atteindre 3 % en mars (sous l'hypothèse d'un baril de brent stabilisé à 95 $) et rester à ce niveau plusieurs mois, en raison de la flambée des prix de l'alimentaire. Entre juillet 2007 et juin 2008, l'alimentation pourrait contribuer à hauteur de 1 point à la hausse générale des prix.
L'emploi, enfin, continuerait de progresser, mais sur un rythme qui « ralentirait légèrement » (96 000 emplois au 1er semestre). Le taux de chômage serait stabilisé jusqu'à mi-2008 à 7,5 %.