c-panik-a-bord"M, le maudit" de Fritz LangM, le maudit - fritz Lang ( 1931 )
Synopsis M le Maudit: Partout, on en parle. Dans la presse, dans les chaumières, dans les commissariats, dans les bars enfumés… Un tueur rôde dans la ville et s'en prend aux enfants. Tout le monde en parle, mais aucune piste en vue. La pègre, dont les affaires sont compromises par la trop grande présence policière, décide alors de prendre l'affaire en main, de mettre la main sur le coupable et de lui faire subir la justice du "peuple"… Fiche technique Titre : M le maudit Titre original : M, sous-titre : Ein Stadt sucht ein Mörder (soit une ville recherche un meutrier) Autre titre : le film est ressorti en version raccourcie en mars 1960 sous le titre de M, ton assassin te regarde Réalisation : Fritz Lang Scénario : F. Lang, Thea von Harbou, Paul Falkenberg, Adolph Jang, Karl Vosh, d'après Egon Jacobson Sortie : 11 mai 1931 (Allemagne) Distribution Peter Lorre : Frantz Becker, alias M Otto Wernicke : le commissaire Lohmann Gustaf Gründgens : Schränker, chef de la pègre Ellen Widmann : Mme Becker Inge Landgut : Elsie ![]() Que nous raconte "M" ? Est-ce uniquement une intrigue policière ? La mise à nu d'un engrenage qui apporterait la lumière dans la dernière bobine ? Evidemment, non. Il n'y a pas de lumière dans "M". Tout est oppressant. Le ballon qui s'élève dans le ciel est une ellipse : une fillette vient d'être assassinée. Ce n'est pas l'intrigue qui est le moteur du film, mais sa déformation fantasmagorique par une foule, qui trouve dans un bouc emissaire, la concrétisation de ses peurs, ses angoisses. ("Fury", premier film américain de Lang, reprendra le thème.) Le meurtrier devient le monstre porteur de toutes les frustrations. Il devient irréel, à tel point qu'il disparaît dans le film. Lang ne nous montre pas la méticuleuse mécanique construite par un esprit malade, mais l'organisation humaine autour de la peur. Le fou s'évapore pour donner lieu à quelque chose d'autre de plus terrifiant, un croque-mitaine, le "Kinder murder": un monstre surhumain, surnaturel. Il devient "Le Maudit". Les images finales rendent le personnage de Peter Lorre ridicule et pitoyable humin, comme s'il n'entrait pas dans le costume d'une entité devenue monstrueuse. ![]() Le lien prémonitoire entre "M" et le nazisme montant dans l'Allemagne de la République de Weimar a déjà été souligné. Mais le film est plus profond encore. Le monstre n'est donc qu'un prétexte. C'est la foule bigarrée qui tourne autour qui interesse Lang : les policiers, la population, la pègre, les politiciens. Au départ, ce monde est hiérarchisé, classé, rassurant : on voit un policier ouvrir le passage à un enfant. Mais, au mesure que se déploie la terreur, les classes sociales et les uniformes perdent de leur sens. Les individus, apeurés, finissent par se ressembler : Les bandits traquent le meurtrier avec des méthodes policières ; les policiers se mêlent à la pègre comme si toute la société devait régresser à une humanité primaire. Alors, Lang, en humaniste, prend le contre-pied de Hobbes : la peur originelle ne structure pas la société; elle l'a détruit. Ce tribunal des malfrats n'est pas une justice, mais un réglèment de comptes où nous pourrions faire comparaître nos insaisissables fantasmes. Il manque à ce tribunal, la mesure exacte de ce qui condamnable : le "Kinder Murder" n'est pas ce petit homme désuet et dangereux. C'est la foule qui devient monstrueuse. ![]() L'arrivée de la police est un retour de la société, raisonnable, organisée. Elle est le refus du tribalisme qui confond la justice et la vengeance. Lang nous demande de ne pas avoir peur; d'avoir la foi en la justice et dans notre désir de vivre ensemble. Elevés par nos idéaux communs, nous renonçons à la part obscure en nous. Le titre originel, "les assassins sont parmi nous", est justifié : la peur transforme la société malade en exécutrice des basses oeuvres des rancoeurs irrationnelles, mélangées. Nous sommes appelés potentiellement à honorer ce Dieu qui réclame le sang. Nous devons donc être vigilants. "Le ventre est encore fécond, d'où est sortie la bête immonde" écrivait Berthold Brecht dans une pièce publiée en 1958 ("La résistible ascension d'Arturon Rui" http://fr.wikipedia.org/wiki/La_R%C3%).A9sistible_Ascension_d'Arturo_Ui.
Quelques images :
Article ajouté le 2007-11-13 , consulté 65 fois LiensVoir les articles de la catégorie " Pellicultes ! "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |