c-panik-a-bord"Match point" de Woody AllenMatch Point de Woody AllenDate de sortie : 26 Octobre 2005
Réalisé par Woody Allen Avec Jonathan Rhys-Meyers, Scarlett Johansson, Emily Mortimer Film américain, britannique. Genre : Drame Durée : 2h 3min. Année de production : 2004 Titre original : Match Point ![]() L'histoire raconte l'impressionante ascension sociale d'un ancien (petit) professionnel de tennis dans la société anglaise d'aujourd'hui. D'origine modeste, il épouse la fille d'une riche famille de financier, mais développe une liaison adultère avec une jeune femme sans avenir. Tombée enceinte, sa maîtresse menace sa réussite aussi rapide qu'éclatante. Il la tue, maquillant le meurtre en banal fait divers. Le film s'achève avec la naissance d'un enfant légitime et la certitude qu'il ne sera jamais inquiété par la police. ![]() L'histoire peut se lire à un premier niveau politique et social. Il évoque ces sociétés démocratiques richissimes et pourtant cloisonnées. La réussite sourit aux audacieux à condition que certaines conditions hasardeuses soient réunies. Les fortunes attirent la fortune. Le tennisman connait le prix de sa chance : il se dresse, se fond dans le paysage bourgeois. Dans cette société huppée, on évoque la vertu du travail qui cautionne trop facilement les privilèges acquis. Chris Wilton (J. Rhys-Meyers), le jeune parvenu, sourit : il sait que le destin, la chance cautionne bien des injustices. Woody Allen tape dans le mille pour son premier film anglais ; en brossant les caractères de cette bourgeoisie sans complexe, il fait l'autopsie de la société anglaise et de ses contradictions. Ce libéralisme oligarchique est contestable car les hommes n'ont pas les mêmes chances au départ. Paradoxallement, le désir d'ascension sociale de Chris lui retirera le choix d'une autre vie. Bien conscient de sa chance, il ne lie pas sa réussite à ses "qualités" soudain reconnues par les employés de son beau père. Il sait que la liberté signifierait pour lui la déchéance, le retour à sa condition. Mais le film prend aussi un tournure morale , que les références au Dostoievski de "Crime et châtiment" autorise. Chris accepte la réussite mais refuse d'en payer le prix. Dans sa relation avec Nola (Scarlett Johansonn), la comédienne ratée, il construit un refuge pour sa véritable personnalité. Dans cet amour tumultueux, il fend l'armure. Il veut le beurre et l'argent du beurre : avoir la femme qui lui donne la clef de la société bourgeoise et celle de l'amour vrai, passionné. Il accepte la leçon d'un certain conformisme aveugle qui feint d'ignorer les conséquences de la richesse, pour soi et pour les autres. Chris ment, Chris tue. Froidement. Pourtant ce n'est pas un salaud. Simplement, un homme qui sait que la vraie chance ne passe qu'une fois. Chris finit par être amorale à la manière de Raskolnikov, le héros de Dostoievski. Mais la fin n'est pas la même. Dans le livre de Dostoievski, le meurtrier ne pouvait vivre avec sa culpabilité. Il finissait par réclamer la punition pour retrouver l'humanité à laquelle son meurtre gratuit, absurde, avait tourné le dos. Or, le crime de Chris restera impuni. W. Allen, véritable génie du cinéma, va nous mener sur deux fausses pistes. D'une part, Chris rencontre le fantôme des 2 femmes qu'il a abattues (il a tué la voisine de Nola pour masquer son crime). La visite de ces fantômes, à la manière de "Mac Beth", pourrait visualiser un remords, cad le début d'un processus psychologique qui conduirait à l'expiation et à la rédemption comme dans le roman de Dosto. Mais, ce fantasme ne restera que nerveux. Ces esprits se dissiperont vite, insistant sur l'impunité "morale" du personnage. Allen met en image une seconde fausse piste. Quand Chris se débarrasse dans la Tamise des bijoux volés à ses victimes pour faire croire au crime frauduleux, il laisse tomber un bijou. Ce bijou est un indice qui nous laisse croire que la police va retrouver sa trace. On pense alors qu'à défaut d'être morale, la punition sera sociale. Au contraire, ce bijou trouvé sur le cadavre d'un délinquant drogué va détourner définitivement les soupçons d'un policier qui était sur la piste du véritable meurtrier. Chris s'en sort. Un fils lui a même été donné par le destin. Le voilà, aimé des siens, face à cette vie facile dont il ne paiera pas le prix. Pas de happy end, il s'agit bien d'une tragédie que les chants déchirés du Caruso (BOF) avaient annoncée dès le début. Le monde ne donne aucune réponse satisfaisante. Nous sommes pris dans un silence assourdissant sans ordre, ni justice. Seul le sort décide de nous. La société accentue la part du hasard, en masquant les injustices d'oripeaux institutionnels et sociologiques. Le film finit sur cette note sans lumière, retrouvant les accents graves du merveilleux "Crimes et Délits". Dans ce film, le tueur impuni était opposé au juste bafoué. Dans "Match point", le personnage criminel est face au monde derrière la baie de son appartement, silencieux. Cette solitude du criminel impuni est comme une allégorie de l'absurdité de notre monde, qui permet à un meurtrier d'être un bon père de famille. Aussi absurde qu'une balle de tennis qui frappe la let au moment d'une balle de match. Quelques images :
Article ajouté le 2007-11-13 , consulté 14 fois LiensVoir les articles de la catégorie " Pellicultes ! "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |