c-panik-a-bordSPE3 : Progrès technique et évolution économique (J. Schumpeter)SPE3 : PROGRES TECHNIQUE ET EVOLUTION ECONOMIQUE Joseph SCHUMPETER 3-1 : Notions et Thèses 3-1-1 : Présentation de l'auteur
J. Schumpeter est un économiste autrichien du début du 20ème siècle (1883-1950). Il est considéré comme un penseur « hétérodoxe », c'est-à-dire qu'il ne se rattache à aucun des grands courants de la pensée économique moderne (libéraux, marxistes, keynésiens). Son œuvre est particulière : elle fait de l'innovation et du progrès technique la dynamique des sociétés capitalistes (« Théorie de l'évolution économique », 1912). Cette thématique a remis Schumpeter au cœur de la pensée économique, au moment où la mondialisation a replacé l'avantage technologique au cœur de la stratégie globale des firmes et des états. 3-1-2 : L'entrepreneur innovateur au cœur du processus de la croissance économique A) L' « entrepreneur », un chef d'entreprise particulier Dans l'œuvre de Schumpeter, la notion de « chef d'entreprise » est à distinguer de celle d' « entrepreneur* ». En effet, si le premier est essentiellement guidé par la recherche d'un profit assuré par les méthodes qui ont déjà porté leurs fruits, le second est surtout attiré par la recherche de nouveaux produits et méthodes, susceptibles de transformer le contexte économique. Au caractère « routinier » du premier (perpétuation et répétition des méthodes, maintien des positions sur le marché, limitation de la recherche-développement), s'oppose le désir d'innover du second : l'entrepreneur cherche à anticiper l'état futur des marchés, les méthodes futures, les produits nouveaux. Attention : Bien que différents dans leur comportement économique, ces 2 types de chefs d'entreprise vont jouer un rôle important dans la croissance économique. Si l'entrepreneur défriche de nouvelles opportunités économiques (innovateur), le second, plutôt « imitateur » va néanmoins contribuer par son attitude à la diffusion des innovations. B) L'innovation Une innovation* est une nouvelle combinaison de moyens de production, susceptible de modifier les méthodes de production (innovation de procédé) et/ou les produits (innovation de produit). L'innovation se distingue de l'invention en ce sens qu'elle a une véritable application économique ou commerciale. Schumpeter répertorie 5 grands types d'innovations ; elles peuvent consister en : - de nouveaux produits ; - de nouveaux procédés de production ; - de nouveaux marchés ; - de nouveaux types d'organisation industrielle (concentration, diversification, délocalisations, …) - de nouvelles sources de matières premières ou d'énergie. L'innovation résulte d'un processus qui mène de la recherche fondamentale au développement en passant par la recherche appliquée. Recherche fondamentale => Recherche appliquée => développement => invention => innovation C) Innovation, profit et croissance
C'est l'innovation qui va être au cœur de la dynamique économique. Elle va permettre à l'économie de sortir de la routine qui la conduirait tout droit à l'état stationnaire. En effet, sans la découverte incessante d'innovations, l'économie aurait tendance à la décroissance, du fait du cycle de vie du produit. Si au moment de son introduction ou lancement (I) par l'entrepreneur, le produit, cher dans un premier temps, tarde à trouver sa clientèle, le produit finit par se diffuser (II), notamment du fait de la baisse des prix provoqué par les économies d'échelle et la concurrence. L'augmentation des ventes attire de plus en plus d'entreprises « imitatrices » qui viennent développer le marché jusqu'à sa maturité (III). A ce stade, les profits permis par le produit déclinent (IV) car les prix sont devenus bas du fait de la concurrence. En l'état, l'économie finirait par stagner.
C'est l'introduction de nouveaux produits qui va « relancer » l'activité économique. Les « entrepreneurs » vont modifier le contexte économique en innovant : l'innovation va leur permettre de bénéficier d'une rente de monopole* provisoire. En prenant seuls le risque de l'innovation (les investissements se font au présent pour des bénéfices futurs incertains), les innovateurs vont pouvoir profiter des bénéfices importants apportés par le fait qu'ils sont seuls à produire les nouveaux produits ou à utiliser les nouveaux procédés. Mais cette situation est provisoire car, attirés par ces « surprofits », les « imitateurs » vont adopter à leur tour les innovations qui ont réussi. Cet apport de concurrence va donc baisser le prix et réduire les marges des producteurs. Remarque : On peut considérer que l'innovation rompt la logique de la concurrence pure et parfaite, théorisée par les économistes néoclassiques. Ceux-ci estiment que l'économie tend à son équilibre général quand les marchés sont laissés à leur libre régulation. Dans certaines conditions (atomicité, transparence, …), la CPP permet l'efficience économique. L'œuvre de Schumpeter conteste cette vision de l'économie : le système économique capitaliste ne sort de la stagnation que par la situation de concurrence imparfaite produite par l'innovation. L'innovateur « sort » de la concurrence en innovant : en étant le seul innovateur, il est en situation de monopole provisoire, ce qui est profitable à l'ensemble de l'économie. 3-1-3 : De l'innovation au cycle économique : la dynamique du capitalisme A) Une vision cyclique des évolutions économiques Qu'est-ce qu'un cycle ? Un cycle consiste en des phases d'expansion et de récessions qui se répètent à intervalle régulier période). Un cycle consiste en 4 phases : I- Expansion, II- Krach (ou Crise), III- Récession, IV- Dépression, V- Reprise, … La théorie des cycles économiques apparaît au 19ème. Les historiens repèrent des grandes tendances qui se répètent. L'économiste Kondratieff remarque que les mêmes variations de la croissance se reproduisent tous les 50 ans. J. Schumpeter va reprendre ses travaux en essayant d'expliquer cette régularité. Il va montrer que ces cycles de 50 ans s'expliquent par l'apparition régulière d'innovations se produisant « en grappe ».
B) Les grappes d'innovation
J. Schumpeter estime que les cycles de Kondratieff s'explique par le progrès technique : les cycles de 50 ans correspondent à l'apparition d'innovations majeures qui apparaissent en groupe, ou en « grappes ». Une innovation majeure est une innovation qui modifie radicalement les conditions de la production. Pourquoi tous les 50 ans ? Cette discontinuité s'explique par un décalage dans le temps : pour que les innovations fassent leur effet, il faut qu'elles apparaissent de manière groupée pour avoir un vrai impact sur les conditions globales de l'économie. Pourquoi les innovations apparaissent-elles en grappes ? Schumpeter estime qu'il y a 3 raisons pour expliquer ce caractère groupé des innovations majeures : - La première raison tient à la difficulté d'innover : les entrepreneurs innovateurs sont plus rares que les autres car il faut des aptitudes particulières pour innover ; - La deuxième raison tient à la concurrence : il faut du temps pour que l'innovation se diffuse ; elle apparaît de manière isolée avant d'attirer de plus en plus de chefs d'entreprise ; - La troisième raison tient au fait que les entrepreneurs apparaissent eux aussi en groupe (groupe d'entrepreneurs) : quand une innovation apparaît, elle se concentre en général dans certains secteurs. Donc seuls certains secteurs bénéficient d'abord du progrès technique.
C) Le processus de destruction créatrice* La nature de la dynamique capitaliste consiste en sa capacité à se transformer en permanence. Alors que sa tendance naturelle est à la stagnation, le capitalisme se régénère grâce au progrès technique qui bouleverse les structures économiques. Les innovations majeures modifient les conditions de la production : les entrepreneurs innovateurs vont créer de nouveaux secteurs économiques très profitables, du fait des rentes de monopole. Ces « surprofits » vont attirer de plus en plus d'entreprises qui constatent par ailleurs la stagnation dans les anciens secteurs.
On assiste alors à une phase intermédiaire entre la fin de l'ancien cycle en position de déclin et le démarrage du nouveau cycle en pleine expansion. Les investissements se déplacent des anciens secteurs en stagnation vers les nouveaux secteurs innovateurs. Ces mouvements détruisent des emplois dans les anciens secteurs (« destruction ») mais en créent dans les nouveaux (« création ») qui font plus que compenser les pertes. Ce mouvement relance l'économie capitaliste, en améliorant les conditions générales de la production.
périodes 1789-1849 1849-1896 1896-1945 1945-1995? 1995-2025 ? cycles du ... textile-charbon sidérurgie-chemins de fer automobile-électricité pétrole, chimie, aéronautique informatique, bio-technologies 3-2-1 : Le rôle de l'entrepreneur dans l'innovation => 1 p34 Q° 3 + 3 p35 Q° 1, 2, 3
3-2-2 : Les différents types d'innovation => 2 p35 Q° 1, 2, 3 3-2-3 : Innovation et monopole => 4 p36 Q° 1, 3 3-2-4 : Une évolution cyclique de l'économie => 5 p36 3-2-5 : Les grappes d'innovation => 6 p37 Q° 1, 2, 3 3-2-6 : Le processus de destruction créatrice* => 7 p37 Q° 2, 3 3-3 : Actualité et prolongements
3-3-1 : Le progrès technique, un phénomène exogène ? => 10 p39 Q°1, 2 (9 p39) + 13 p41 Q°1, 2, 3 La théorie schumpetérienne postule que les sources de la croissance sont exogènes ( = « qui vient de l'extérieur »). Compte tenu de son impact sur la croissance, certains économistes se sont demandés s'il était possible, afin de mieux l'anticiper, de rendre la croissance endogène. Ainsi, il s'agirait de créer un cercle vertueux permettant des évolutions plus régulières, la croissance permettant le progrès technique permettant lui-même la croissance. Ainsi ces théoriciens soulignent deux possibilités permettant l'endogénéisation de la croissance : - les entreprises peuvent prendre en charge le financement en amont du progrès technique par l'investissement dans la recherche et le développement ; - l'état et les pouvoirs publics doivent jouer un rôle important en incitant fiscalement l'investissement des entreprises, en réglementant les droits de la propriété intellectuelle (durée des brevets, par exemple) et en mettant en place des structures scientifiques concentrées dans la recherche, et notamment la recherche fondamentale, non directement rentable par définition. 3-3-2 : L'explication cyclique des évolutions économiques est-elle pertinente ? L'œuvre de Schumpeter a relancé les spéculations sur la lecture cyclique des évolutions économiques. Ainsi les néoschumpétériens ont prolongé les travaux de Schumpeter selon 2 axes : - Certains cherchent à repérer des cycles plus courts à l'intérieur des cycles de Kondratieff. A la suite des travaux de Juglar et de Kitchin, ils décomposent les tendances historiques de l'histoire économique moderne en une succession de phases de prospérité et de dépression de différentes périodes. => Illustration : 5 p36 - D'autres tentent de prolonger les travaux de Schumpeter pour les replacer dans le contexte contemporain. Ainsi, au lendemain de la 2nde guerre mondiale, la forte prospérité des dites « 30 glorieuses » correspondrait au démarrage d'un cycle d'environ cinquante ans. Les « 20 piteuses », ouvertes par la crise de 74, correspondrait à la phase de dépression. Ce cycle aurait eu pour source la diffusion de l'organisation fordiste (innovation organisationnelle) à l'ensemble de l'économie (« régulation fordiste »), permettant de dégager des gains de productivité importants et la hausse des niveaux de vie. Conformément aux thèses schumpétériennes, la fin de ce cycle devrait correspondre au démarrage d'un nouveau cycle apportant une croissance durable et reposant sur de nouvelles innovations. Les néoschumpétériens estiment que c'est effectivement le cas : les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC) auraient permis le démarrage d'un nouveau cycle de 50 ans qui devrait plus que compenser les effets destructeurs de l'épuisement du cycle antérieur, après une phase d'incertitude liée aux effets contrastés de la « destruction créatrice ». Nous serions dans cette phase intermédiaire. Ces travaux ont suscité la critique : la vision cyclique des activités économiques est déterministe. En effet, s'appuyant sur le passé, elle prétend prévoir l'avenir. Or ce jugement a posteriori n'est pas fondé : rien ne dit que le passé déterminera le futur car il faut intégrer le hasard et les conséquences des activités humaines. De plus, rien ne dit que ces cycles, s'il existe, soient uniformément des cycles de 50 ans. On remarque que le progrès technique tend à se diffuser plus rapidement de nos jours qu'au moment de la révolution industrielle. Ainsi, la faiblesse relative de la croissance ne correspond pas forcément à une période de destruction créatrice, mais à une situation de « création destructrice » : les NTIC se diffusent si rapidement que les effets positifs longs du progrès technique n'ont pas forcément le temps de se diffuser avant que de nouvelles innovations ne bouleversent à leur tour ces nouveaux secteurs innovants. 3-3-3 : Taille des entreprises* et innovation
=> 12 p40 Q°1, 2, 3, 4 Pour J.Schumpeter, l'innovation et la taille des entreprises* sont liées car, a priori, seules les grandes structures économiques sont susceptibles d'innover, compte tenu de leurs moyens économiques et financiers importants. Dans ces conditions, il ne serait pas surprenant de voir apparaître à terme une concentration des entreprises dans les secteurs innovateurs. Le modèle de la concurrence pure et parfaite (CPP) des économistes néoclassiques ne semble donc pas être conciliable avec l'histoire du capitalisme qui tendrait à favoriser l'émergence de groupes puissants et de marchés où règnent la concurrence monopolistique et les rentes de monopole. Néanmoins, Schumpeter estime que cette évolution est problématique car avec la taille, augmente la recherche de sécurité et de routine chez les dirigeants de ces grands groupes, au détriment de l'esprit innovateur des « entrepreneurs ». Aussi, Schumpeter était pessimiste sur l'avenir du capitalisme, dont il annonçait la fin dans « Capitalisme, socialisme et démocratie » (1942). Cette question est toujours d'actualité. Si les grands groupes sont effectivement ceux qui investissent le plus, ils sont aussi ceux qui en cherchant à « bloquer » les marchés, peuvent développer des comportements routiniers de sécurité au détriment de la recherche incessante de « l'avantage technologique ». Cependant, la mondialisation constitue un levier puissant à l'innovation : aucun groupe ne peut être assuré de préserver l'avenir de ses profits à long terme sans un effort important en matière d'investissement en RD. L'entreprise Microsoft est une illustration assez pertinente de toutes les ambiguïtés d'un grand groupe leader, « condamné » à l'innovation permanente.
Article ajouté le 2007-09-06 , consulté 70 fois LiensVoir les articles de la catégorie " TES- Cours de spécialité "Afficher une version imprimable de cet article Retour aux articles |